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Audition de Didier Raoult devant les sénateurs

mercredi 27 mai 2020

La réunion des sénateurs avec le professeur Raoult. Page écran publiée sur la page Facebook de Bruno Gilles

La publication des réponses du professeur Didier Raoult aux questions d’un groupe de sénateurs de la commission des affaires sociales a suscité sur notre site Gomet’ un intérêt remarquable, au point de saturer notre serveur vendredi matin. Des dizaines milliers d’internautes ont demandé à télécharger le document.

Christian Apothéloz

Certains se sont étonnés de cette publication, et ont émis des doutes sur sa véracité. Ce document nous est parvenu en effet par une voie non conventionnelle, celle d’un fidèle lecteur que nous tenons à remercier.

Un groupe de travail de la commission des affaires sociales

Nous avons alors nous-mêmes vérifié l’intérêt et la nature de ce rapport.
La première vérification est intellectuelle.
Est-ce que ce document est dans la logique des interventions du professeur marseillais ?
Est-ce que le ton, les thèmes, les dires sont dans son historique d’intervention.

Sans être des exégètes agréés de la pensée raoultienne, nous l’avons trouvé fiable. D’autant qu’au même moment, le rapport date du 8 mai, Paris Match publie, le 9 mai, une interview certainement réalisée dans la semaine et qui aborde les mêmes sujets de façon plus châtiée, avec un style plus élaboré digne de la patte des secrétaires de rédaction de Match.

Mais pour autant, ce pourrait être un écrit apocryphe talentueux. Nous avons alors vérifié et authentifié, l’origine réelle de ce rapport, l’existence d’une réunion en téléconférence avec des sénateurs et l’argumentaire documenté du professeur Raoult.

Restait une question : les rapports des auditions publiques de la commission des affaires sociales sont mentionnés sur le site du Sénat et les réunions sont à l’agenda de l‘honorable institution. Pas celle avec Didier Raoult.

Il s’agit en fait d’une réunion organisée à l’initiative d’un rapporteur de la commission des affaires sociales (une pratique courante) qui a sollicité le patron de l’IHU – Méditerranée Infection. L’audition a été demandée par la rapporteure Catherine Deroche (sénatrice LR du Maine et Loire). Elle s’est déroulée jeudi 7 mai en fin de matinée. Deux sénateurs de la métropole ont participé à la réunion : MM. Michel Amiel et Bruno Gilles. Le sénateur Bruno Gilles a confirmé à Gomet’ les propos très argumentés du professeur Raoult, sa détermination et la précision de ses propos. L’élu précise qu’un compte rendu officiel sera bien diffusé et évoque une surcharge de travail des services de la commission des affaires sociales pour expliquer le délai de publication.

L’expérience marseillaise des lazarets

Dans son rapport, le professeur précise son choix sur le lazaret plutôt que le confinement « la quarantaine (on confine tout le monde) ne fonctionne pas (elle consiste à enfermer des gens contagieux avec des non contagieux) » en faisant référence à l’expérience marseillaise des lazarets ceux notamment d’Arenc, puis du Frioul.


Le lazaret du Frioul : un ensemble de douze bâtiments édifiés au XIXe siècle par Michel Robert Penchaud sur l’archipel. Ceinture sanitaire protégeant Marseille des épidémies, les bâtiments étaient destinés aux marins en quarantaine.

Mais il hausse surtout le ton au plan politique. Après la visite d’Emmanuel Macron, l’exécutif observait une neutralité bienveillante avec Didier Raoult. Or le lundi précédant cet entretien, le 4 mai, Édouard Philippe a évoqué au Palais du Luxembourg un certain « savant » qui assure sans réelle preuve « qu’il ne peut y avoir de deuxième vague » de Covid-19. Sans mentionner le virologue, Édouard Philippe a déclaré : « Tel savant nous dit, affirmatif et catégorique, qu’il ne peut pas y avoir de deuxième vague et que le virus s’éteindra avec l’été, tel autre, tout aussi savant et respecté, nous dit l’inverse. L’Histoire nous dira qui avait raison. Mais je crains que nous n’ayons pas le temps d’attendre que l’Histoire se fasse juge. »

La colère froide de Didier Raoult

Le ministre de la Santé, Olivier Véran a également marqué son agacement dans Le Parisien samedi 2 mai. « Je dirais qu’en termes de prévision, je préfère me référer à des experts qui ne disent pas qu’il y aura moins de morts du coronavirus que par accidents de trottinette ! Ou qui ne disent pas qu’il n’y aura pas de seconde vague après avoir dit qu’il n’y aurait pas de première. Ce n’est pas très responsable et je le lui dirai. »

Didier Raoult, placide, derrière son calme apparent, en tournicotant sa barbiche, a voulu dans cet échange sénatorial remettre les pendules à l’heure et dans une colère froide, il met en cause les autorités politiques et les place face à leurs responsabilités. Il dénonce les « délires », les « émotions », la « manipulation de l’opinion », les « conflits d’intérêts », « les mensonges d’un autre monde »…

« Ceci, affirme-t-il, décrédibilise durablement les décisions de l’État dans une situation de crise, quand les praticiens sont massivement en désaccord avec les autorités, et cela représente un danger pour l’avenir ».

« Ceci ressemble à l’histoire du sang contaminé ! » avertit Didier Raoult et il pointe ce qui pourrait devenir une non-assistance à personnes en danger, voire un procès politique : « L’idée de proposer, officiellement, aux patients de ne pas chercher de soins avant de sentir des difficultés respiratoires, a été une décision extrêmement dangereuse ».

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