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Limites de l’explication matérialiste exclusive dans l’historiographie contemporaine

William Engdahl «  Le charme Discret du Djihad & l’instrumentalisation géopolitique de l’islam radical  »

mardi 30 octobre 2018

À propos du livre de William Engdahl «  Le charme Discret du Djihad & l’instrumentalisation géopolitique de l’islam radical  » [1]

Un livre à la fois foisonnant et méthodique qui dit tout, ou presque, quant au fanatisme né d’un islam dévoyé – en l’occurrence le wahhabisme – incontestablement devenu entre les mains expertes des stratèges de la terreur globale, un formidable outil de guerre subversive [2]. Une arme notamment utilisée dans le cadre de ces politiques agressives dites de “regime change” (renversement des pouvoirs en place) mises en œuvre de nos jours (mais pas seulement) dans le monde musulman par le soft power américain, autrement dit par la diplomatie armée de la Grande Amérique. Cependant Engdahl, comme beaucoup d’autres avant lui, associe étroitement le développement du djihad et son instrumentation à la féroce guerre de concurrence que livrent les États-Unis au reste du monde pour le contrôle des ressources d’énergie fossiles. Ce qui est parfaitement exact, pourtant il faudrait être aveugle pour ignorer certains rouages à l’œuvre, certes moins apparents, derrière des affrontements purement matériels… cela même si des forces religieuses se trouvent mobilisées au service d’un certain camp et de ses appétits de domination. En l’occurrence c’est ne pas voir qu’au-delà de l’instrumentation de l’islam radical, se cachent des finalités indéniablement eschatologiques qui au final pourraient bien former l’ultima ratio des guerres d’expansion américaines [3] ?

Une explication nécessaire mais non suffisante

Certes, le gaz (énergie relais une fois atteint le pic de production pétrolier sans que quiconque sache aujourd’hui quand il sera atteint ou s’il a déjà été dépassé) et le pétrole sont de toute évidence des enjeux géoénergétiques majeurs [4]. Une explication nécessaire, mais non suffisante ni définitive de la politique (à vocation) hégémonique des États-Unis. Sans doute William Engdahl n’ignore pas tout à fait cet aspect des choses, reste que pour lui il s’agit d’une figure accessoire apparaissant de façon allusive, comme une incidence dont l’évocation ne vaut plus ample approfondissement. Engdahl se limite en effet à signaler « un niveau plus profond, [faisant] partie d’une stratégie mondiale plus large, visant à détruire la seule résistance efficace à la création d’un nouveau totalitarisme universel au xxie siècle » [5]. Une politique d’expansion planétaire qui saute aux yeux avertis malgré son indécent maquillage par les médias et en dépit de la pratique intensive de l’inversion accusatoire et du mensonge permanent comme arme de décérébration massive… Or si les dérives totalitaires de la Démocratie se font sentir un peu partout cette tendance n’est pas à proprement parlé un projet de société officiellement reconnu et défendu, au contraire… sauf peut-être par quelques machiavéliens membres actifs du Bohemian Club [6] qui ne s’embarrassent guère de précautions oratoires lorsqu’ils promeuvent la Gouvernance mondiale. Toutefois, quels intérêts et quels mobiles pourraient éclairer un projet étatiste universel ? La soif de pouvoir ? Oui sans doute… mais encore faut-il légitimer cette volonté de puissance en l’habillant d’oripeaux métaphysiques. C’est bien d’ailleurs ce que font les takfiristes à échelle artisanale qui égorgent au nom de Dieu s’exonérant du même coup de tout péché et de toute culpabilité.

Dans cette perspective, la persistance de zones chaudes à travers le monde ne se comprend vraiment qu’en dépassant la problématique des guerres énergétiques afin de se situer sur un autre plan de compréhension géostratégique. Ce qui suppose d’en appeler à des schémas explicatifs de nature métapolitique. Prenons l’exemple récent de l’Administration américaine qui, une nouvelle fois et par la bouche de John Bolton, Conseiller à la Sécurité Nationale de D. Trump, accusait Damas à la fin de l’été 2018 de préparer activement une attaque chimique lorsque l’ultime bataille d’Idleb, ultime bastion tenu les islamistes en Syrie, serait lancée ? [7] . On sait qu’un accord passé entre Moscou et Ankara a permis de geler l’offensive contre ce repaire de brigands. Ce faisant, il s’agissait pour Washington de préparer les opinions en vue d’une campagne de bombardements (avec le concours de Paris et de Londres) sur des positions syriennes vitales et éventuellement sur le palais présidentiel lui-même (frappe dite de décapitation). Une éventualité jugée suffisamment sérieuse pour mettre la marine de guerre russe en état d’alerte avancée. La question des hydrocarbures occupait ici un nième plan puisqu’il est question dans cette occurrence, d’une confrontation Nord/Sud, Est/Ouest dont, de toute évidence, les enjeux n’étaient plus seulement régionaux mais globaux.

De sorte que prolongeant l’analyse d’Engdahl, il importe de toujours souligner l’opportunité d’une réflexion ne se limitant à la description factuelle des guerres directes ou indirectes livrées par le truchement de l’islam radical. Djihadisme et takfirisme dénoncés en Occident pour son nihiliste et son usage désinhibé du terrorisme. Parce qu’assurément les États-Unis (piloté par leur hypothalamus autrement nommé État profond), sous couvert d’objectifs visibles de puissance physique (par exemple, espaces géographiques où se localisent les ressources énergétiques fossiles ainsi que les couloirs de transit, d’accès et d’acheminement), poursuivent d’autres objectifs moins triviaux voire beaucoup plus fondamentaux. Des objectifs à très longs termes qui relèvent sans équivoque d’un authentique messianisme courant en filigrane à travers maintes déclarations et textes fondamentaux.

«  Destinée manifeste  »

Ainsi, dans les cercles de pouvoir américains (fait documenté archi connu des historiens et des politologues), il est question d’accomplir la « Destinée manifeste » que les Pilgrim fathers, les Pères pèlerins, ont léguée à l’Amérique. Destinée qui fait de la diffusion universelle de la Démocratie un impératif catégorique. Nous parlons en fait de démocratie de marché ! Précisons que cette démocratisation des nations arriérées (et toujours réticentes à se convertir spontanément à l’ouverture de leurs frontières aux bienfaits de la civilisation d’hyperconsommation lgébétiste), s’effectue généralement à coup de bombes… (on commence généralement par tuer les gens auxquels on veut apprendre à vivre selon les lois noachiques [8]). Cette mystique, cette superstructure mentale, imprègne de fait le subconscient des élites judéo-protestantes d’outre-Atlantique, aussi ne faut-il pas sous-estimer son rôle de moteur idéologique, légitimant les pernicieuses et dévastatrices actions extérieures des États-Unis, tout à la fois missionnaires et commerciales.

Remarquons que si les classes dirigeantes américaines ont su recourir à un rationalisme exacerbé dans le domaine de la technique, elles savent se montrer par ailleurs profondément irrationnelles (ou cyniques) en couvrant leurs comportements prédateurs de prédestination divine. Attitude en outre consubstantielle au 51e état américain dont la capitale prétend se nommer à présent Jérusalem. Le commerce et la guerre, la bible hébraïque à la main, deux états d’âme qui semblent antinomiques, mais qui sont, dans la conduite des Affaires du monde, en résonnance parfaite ou en tout cas, fortement complémentaires.

Djihadisme  : un partenariat métapolitique

Resterait à comprendre comment et pourquoi l’alliance – autrement dit, le partenariat non seulement tactique mais plus encore stratégique – entre les djihadistes et l’Amérique monde fonctionne-t-elle si bien ? Les Américains, pour faire court, payaient, formaient, encadraient les troupes de l’État islamique tout comme celles de leurs rivaux du Front al-Nosra alias al-Qaïda (ceux qui « font du bon boulot » selon M. Fabius), devenus à présent Hayat Tahrir al-Cham. Leur fournissant armes et équipements par le truchement de la Turquie, de l’Arabie et du Qatar, fidèles clients de l’Amérique aux mains propres et aux pures intentions… Aujourd’hui Hayat Tahrir al-Cham possède encore quelque soixante pour cent de la province d’Idlib. Or la dernière semaine d’août 2018, les djihadistes auraient acheminé des réservoirs de chlore ( avec l’aide du MI6 britannique ?) vers la ville de Jisr al-Choghour, probablement destinée à être théâtre d’une nouvelle provocation à l’arme chimique... Cela est connu et reconnu mais n’explique tout… parce qu’il faut aller plus loin pour atteindre, au-delà des alliances conjoncturelles, les arcanes marquant d’improbables convergences civilisationnelles en apparences contre-nature, mais en apparences seulement.

Répétons que l’islam radical et spécialement le wahhabisme - tout à la fois idéologie et religion officielle de l’Arabie et du Qatar – est depuis un siècle, un instrument militaire et politique aux mains de stratèges de l’ombre œuvrant d’abord à Whitehall (Foreign Office) puis à Langley (et dans diverses autres officines de renseignement américaines) en vue d’asseoir la suprématie de l’Amérique-Monde… sous couvert - avons-nous dit - de démocratie universelle, en réalisation supposée de sa Destinée manifeste… Et pour des dizaines de millions de judéo-chrétiens fanatiques, dans l’espoir d’un prochain Armageddon qui fera venir ou revenir le Messie ! Dans la pratique, c’est en priorité un bon moyen pour dissoudre ou désagréger (politiquement et sociétalement parlant), les États musulmans devenus nationaux au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Soit autant de verrous de souveraineté qu’il importe de faire sauter un à un, par la guerre ou par ces révolutions colorées qui formèrent le fond des Printemps arabes.

Là où le communisme financé par Manhattan et Londres en 1917, est parvenu à faire de l’Europe un assemblage baroque de démocraties participatives (ou de monarchies croupion et consensuelles) à l’issue de deux Guerres mondiales, l’idéologie wahhabite est, sera et aura été de la même façon l’arme de destruction massive mise en œuvre afin de normaliser le monde arabe et l’islam en général. Au demeurant, notons que La Couronne britannique avait en septembre 1932 assis les Séoud sur le trône de Riyad. Ceux-là qui à partir de 1945 (voir in « « Les Égarés » le Pacte du Quincy), mangeaient dans la main de l’Amérique, obéissent maintenant, plus ou moins, à leurs propres ambitions matérielles et eschatologiques, lesquelles en fin de comptes se marient assez bien (en dépit de leurs mépris pour la religion des Droits de l’Homme) avec les desseins américains de démocratisation tous azimuts, autrement dit, l’universel goulag mou qui nous est promis par le multilatéralisme macronien. [9]

Al Qaïda Golem du magicien noir Brezezinski

Rappelons que l’union officieuse des djihadistes et des Services yankees en Afghanistan a démarré en juillet 1979 (soit cinq mois avant l’entrée des forces soviétiques dans le pays le 27 décembre à la demande du gouvernement communiste de Najiboullah ; ce que confirme Robert Gates, ancien directeur de la CIA, dans ses Mémoires). Zbigniew Brezezinski (Polonais [10] et Américain d’adoption) lance, par le truchement des Services spéciaux pakistanais, l’ISI, l’armement et l’entraînement des moudjahiddines afghans et de la Légion arabe (Al-Qaïda) d’Oussama Ben Laden. [11] Ce faisant - comme le dit lui-même Brezinski - il s’agissait bel et bien de provoquer Moscou pour l’attirer dans le bourbier afghan.

On connaît le sort ultérieur de l’Irak (1991/2003), de la Yougoslavie (notamment avec les islamistes radicaux Alija Izetbegovic en Bosnie-Herzégovine et Hashim Thaçi au Kossovo qui furent tous deux soutenus et promus par la Turquie islamo-kémaliste et Al-Qaïda - bras armé des États-Unis sur les théâtres d’opérations est européens – avant, en conclusion des guerres de l’Otan, de présider l’un et l’autre aux destinées respectives de leur communauté)… de la Somalie, de la Libye, de la Syrie, du Yémen ! Sans parler des Printemps arabes qui déferlent en 2011 et les nombreuse ingérences qui eurent lieu au cours des guerres de Tchétchénie (1994/1996 et 1999/2009), en particulier à partir du Daguestan. Des hommes qui sur tous les fronts furent des alliés, des comparses et des forces supplétives pour Washington au prétexte d’instaurer des régimes démocratiques… au prix de la sanglante tyrannie de l’islam radical.

Pourtant Alija Izetbegovic, dans sa profession de foi islamiste, parue une première fois en 1970 à Istamboul avant d’être republiée en 1990 à Sarajevo), affirmait « qu’il n’y a pas de paix ni de coexistence entre la religion islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques ». Las, les Européens ont l’air d’ignorer ce que sont véritablement les amis pour lesquels ils ont, dans le sillage du Pentagone et du Département d’État, pris fait et cause à coup de tapis de bombes larguées sur la Fédération yougoslave.

La menace prétexte d’une arabisation des pétroles

C’est dire que ces guerres d’agression ne se réduisent pas à d’insipides ambitions de monopoles commerciaux ni à des objectifs énergétiques afin de préserver l’Occident de la « menace d’une arabisation des pétroles ». Ce risque existe et doit être automatiquement éliminé selon William Engdahl… « Le monde arabe riche en pétrole était [aux yeux des architectes de la mondialisation] en train de devenir trop indépendant des banques et des compagnies pétrolières anglo-américaines ». … « Le dirigeant égyptien Hosni Moubarak, le Tunisien Ben Ali, et le Libyen Mouammar Kadhafi étaient en passe de combiner leurs forces afin de créer une union de banques islamiques qui menaçait la domination de Wall Street et de la City de Londres ». Un argument qu’il ne faut pas vraiment prendre au sérieux parce que les dirigeants arabes ont pour caractéristique première leur incapacité à faire cause commune en raison du tribalisme atavique et viscéral de leurs peuples. En son temps, Mouammar Kadhafi s’en était plaint amèrement. La pensée qu’une telle alliance eut pu de quelque façon menacer le monopole de Wall Street et de la Cité, n’aura donc été au mieux qu’un prétexte. L’Iran sous embargo n’a-t-il pas lui également caressé au cours de la dernière décennie, l’idée de vendre son brut en Euros ? [12]

En vérité, la lutte pour la suprématie globale possède des ressorts cachés. Dont certains pourraient certainement être qualifiés sociobiologiques afin établir la suprématie d’un peuple, d’une nation, d’une ethnie, d’un groupe, d’une hyperclasse cannibale, soudée par des valeurs communes imprégnées du mysticisme de l’Élection [13] ! Ce pourquoi, si l’on veut appréhender le fonctionnement de la tectonique des plaques géopolitiques, il faudra nécessairement explorer les arcanes de la guerre éternelle (de nature eschatologique) que livre l’Empire atlantiste avec l’aide de ses États vassaux de l’Union européenne.

Il serait particulièrement réducteur de négliger la dimension messianique des conflits actuels aussi bien chez chrétiens évangélistes et sionistes que chez les musulmans sunnites et chiites [14]. Ce serait passer à côté d’un aspect fondamental des conflits contemporains et s’en tenir à l’écorce des choses. À ce titre, l’idéologie sociétale et politique des États-Unis - même si cela paraît extravaguant au XXIe siècle - est sous-tendue par une dimension cachée, mais surdéterminante (qu’avait très pertinemment analysée le sociologue Max Weber [15]), laquelle présente nombre de convergences troublantes (pour ne pas parler d’homologies) entre l’ultra capitalisme et l’islam déviant né de l’idéologie wahhabite [cf. « Les Égarés » op. cité].

Homologies et convergences

Ce qui peut sembler être à première vue un paradoxe excessif (d’un côté un fanatisme rigoriste, de l’autre un libéralisme libertaire transgressif sur fond de puritanisme) à mieux y regarder ne l’est pas tant que ça… Par exemple l’hyper juridisme de la case law régissant le contractualisme privatif de l’anarcho-capitalisme sans dieu ni maître, n’est pas si éloigné de la loi chariatique, elle aussi jurisprudentielle et interprétative, mais jusqu’à littéralement incarcérer les individus dans une codification rigide de leurs comportements et de leurs pensées à l’instar du talmud. Après tout le calvinisme (prenons le cas des presbytériens et de leur floraison d’interdits, de totems et de tabous, une culture engendrée par l’olim Cohen Jean Calvin et son suiveur, John Knox) n’est-il pas un fleuve souterrain qui baigne et irrigue toute la société américaine ?
Un dernier mot relatif à l’hérésie wahhabite. Celle-ci prétend être l’interprétation absolue du message coranique… rappelons que les portes de l’Ijtihad, l’exégèse, soit le commentaire savant du Coran sont fermées depuis le XIe siècle. Or c’est la prétention exorbitante du wahhabisme à être la source pure, unique et infalsifiée de la « Récitation » qui précisément fait le succès d’une idéologie qui en Orient s’imprime si facilement sur la cire molle d’esprits incultes… et en Occident fait des ravages dans des cervelles en friches, quotidiennement lessivées par la télé réalité et les séries sous-culturelles. Idéologie mortifère qui se propage et se déverse via les innombrables canaux de la Toile et des réseaux sociaux. Autant de sentiers lumineux qui sillonnent l’immense décharge à ciel ouvert qu’est devenue le monde moderne.

En diffusant l’idéologie wahhabite au delà de ses frontières, l’Arabie saoudite – relais et complice de l’impérialisme américain – a profondément influencé au cours des dernières décennies, la forme et la pratique de l’islam dans de nombreux États tels l’Afghanistan, le Pakistan, le Soudan, au Machrek et au Maghreb où son influence est grandissante… Une « machine de guerre » idéologique qui sert à préparer les peuples à leur colonisation intellectuelle et spirituelle par l’imperium américain dont l’objectif est de fluidifier le tissu humain traditionnel préexistant… à liquéfier et digérer en quelque sorte le corps social (du passé faisons table rase) afin de mieux l’intégrer au système-monde de la Démocratie universelle. Or quel instrument de destruction créatrice plus approprié que Daech ? Ce pourquoi le djihadisme n’est pas uniquement un outil utilisé dans des conflits restreints ou régionaux, géoéconomiques ou géopolitiques, il s’agit d’un vecteur lourd dont les objectifs métapolitiques sont très large, loin les buts de guerre matériels immédiats, financiers et économiques qui lui sont habituellement assignés.

Pour ne pas conclure, « quand des djihadistes furent introduits clandestinement en Tchétchénie, afin d’y déstabiliser la toute nouvelle Fédération de Russie qui luttait alors pour sa survie, ils commencèrent par cibler l’oléoduc russe… ». Le cordon ombilical en quelque sorte. Oui da, mais il nous faut, pour aller au fond des choses, dépasser une fois pour toutes le matérialisme énergétique : l’arbre des énergies géologiques ne devant pas cacher la forêt des motivations métaphysiques et métahistoriques. Tout comme la seule volonté de puissance et les appétits hégémoniques ne doivent jamais masquer ou faire oublier la perspective proprement eschatologique dans laquelle s’inscrit l’affrontement Nord-Sud. Les figures mythologiques et symboliques de Gog et Magog, Béhémoth et Léviathan sont toujours en embuscade dans l’imaginaire collectif, même si les foules à présent n’en connaissent plus le nom.
Par voie de conséquence, posons que le djihad considéré comme un outil d’affrontement par procuration, doit se penser et s’appréhender résolument suivant des lignes directrices immatérielles. Idéologie comme arme de guerre dont la signification et la portée échappent effectivement à la plupart de ceux qui, au cœur de l’action, y ont recours. Ce qu’a bien vu Engdahl en parlant d’instrumentalisation de l’islam radical… sauf que si instrumentation il y a l’auteur n’a pas perçu l’autonomie et le rôle surdéterminant de l’idéologie qui dépasse et surclasse ceux qui croient s’en servir. Ayons ici à l’esprit la parabole en forme de légende du Golem de Prague : après avoir servi ses maîtres, ceux-ci ayant oublié les mots magiques (cabalistiques) qui l’animent, le monstre leur échappe et s’emploie à les détruire.

Léon Camus 21 oct. 2018

Notes

[1Octobre 2018 - Éditions Demi-Lune-https://www.editionsdemilune.com/le... - 424 pages

[2Cf. JM Vernochet « Les fiancés de la mort et les stratèges de la terreur globale » Sigest 2017 & « Les Égarés » 2013.

[3Hervé Ryssen « La guerre eschatologique » Baskerville 2013.

[4Cf. JM Vernochet « Iran, la destruction nécessaire » Xénia 2012.

[5Une sorte de néo féodalisme s’incarnant dans les pouvoirs monopolistiques des multinationales. On pensera à l’univers visionnaire du dessinateur bosno-slovaque Enki Bilal.

[6Bohemian Club, créé en 1872 par des journalistes du San Francisco Chronicle et situé à San Francisco en Californie, est l’un des clubs politiques américains les plus fermés du monde [Wiki].

[7John Bolton 22 août 2018 : « Si le régime syrien emploie des armes chimiques, nous réagirons très fortement et ils feraient bien de réfléchir un bon moment avant une quelconque décision ».

[8Lesquelles, durant le mandat de GW Bush, sont entrées par une porte dérobée dans la législation américaine le 20 mars 1991 par la Résolution 104 du Congrès des États-Unis les instituant comme norme de droit public [102-14] en tant que « base éthique de l’Humanité ».

[9À l’affiche, le dernier opus hollywoodien, le film catastrophe « Geostorm » constitue un vibrant plaidoyer en faveur du multilatéralisme (préambule à la gouvernance mondiale) contre l’unilatéralisme à la mode américaine des années 90/2000.

[10Polonais issu d’une lignée frankiste. Voir Charles Novak 2012« Jacob Frank le faux messie : déviance de la kabbale ou… ».

[11Brezezinski, alors Conseiller du président Carter pour les affaires de sécurité (plus tard il sera le mentor de Barack Obama), dans un entretien accordé le 15 janvier 1998 au « Nouvel Observateur », déclarait : « Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux moudjahiddine a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eut envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. La réalité gardée secrète est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu’à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques ».

[12En Iran Mossadegh 1882/1967). Premier ministre, il est renversé le 23 août 1953… Tout comme Mohammad Reza Pahlavi (1919/1980) - un fait peu connu - tombèrent en raison du risque qu’ils représentaient en ce domaine.

[13Actualisation dans le temps présent d’un ordre du monde vétérotestamentaire. Cf. le Deutéronome 7:16 « Tu dévoreras tous les peuples que l’Éternel, ton dieu, te livrera, tu ne jetteras pas sur eux un regard de pitié ».


[14Le 11 juillet 2012, La voix de la Russie rapportait que le guide de la Révolution iranienne, l’ayatollah Ali Khamenei, avait appelé la nation « à se préparer à la guerre, à la fin du monde et au retour de l’Imam caché », le Mahdi. Pour les chiites, le Mahdi doit revenir au Jour du Jugement dernier afin de sauver le monde et de rétablir la Foi. Pour le chiisme duodécimain (la branche majoritaire de cet islam hétérodoxe) le retour du douzième Imam disparu en 873, marquera l’avènement de la Justice après l’extermination des mécréants et des pécheurs dont le sang devra couvrir la surface de la Terre.

[15Cf. « L’éthique protestante et l’esprit du Capitalisme » (1905), voir aussi « Les Juifs et le capitalisme moderne » (1902) de son collègue Werner Sombart – réédition Kontre Kulture.

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