Geopolintel

L’épée de Damoclès

mardi 17 décembre 2019

Laissons Hong-Kong de côté, le cas est à part, six mois de “mobilisation pour la démocratie”, certes une épine dans le pied agaçante pour le nouvel Empire du Milieu, mais rien de comparable aux révoltes des peuples contre la corruption et l’impéritie de leurs gouvernements grondant aux quatre coins de la planète. Idem pour l’Iran qui est aussi un cas particulier étant à l’heure actuelle une cuve de fermentation soumise aux rigueurs d’un asphyxiant embargo. Mais en Perse, nous ne sommes ni en Ukraine sur le Maïdan ni a fortiori en Colombie, à Bogota où l’agitation – peut-être bien made in America - a contraint le président Evo Morales à plier bagages pour trouver refuge au Mexique- [1]. En Iran, la marge de manœuvre d’éventuels agents des révolutions colorées demeure au demeurant assez restreinte tant les Gardiens de la Révolution, les Pasdaran, veillent au grain. Maintenant accordons une mention très spéciale à l’Irak et à Bagdad avec ses dizaines de morts presque quotidiens.

Un lieu privilégié où notre générosité proverbiale nous a fait apporter la Démocratie – ce faux nez de la dictature messianique – au prix d’inouïs flots de sang tels que l’islam n’en a jamais fait couler en Occident. Sachant il est vrai que les hordes arabo-berbères et les armées de pillards armées d’une idéologie de conquête et fortes du prétexte absolutoire de la conversion à la vraie foi par le fer et le feu, ont l’excuse (pour ne pas avoir perpétré de massacres terriblement extensifs) de n’avoir pas eu à leur disposition les moyens d’abattage industriel dont les armées modernes font un usage décomplexé [2]  : bombardiers stratégiques, drones, missiles, obus à l’uranium appauvri, phosphore blanc et cætera. Soulignons qu’il n’est plus question pour nos croisés des XXe et XXIe siècles – a contrario de leurs grands prédécesseurs - de sécuriser les routes de pèlerinage, ce qui fut le but originel des croisades. Non, si les néo-croisés du dieu dollar guignent en priorité l’or noir (et accessoirement la sécurité de l’État hébreu), c’est sous le noble prétexte de diffuser le pernicieux évangile des Droits de l’Homme- [3]. Un Alcoran autrement meurtrier et dévastateur que celui attribuable au prophète Mahomet.

Le travail de démocratisation s’est à ce titre poursuivi (après le printemps 2003 et l’éradication du régime baasiste honni), au cours des décades suivantes par le truchement de gouvernements corrompus jusqu’à la moelle, vecteurs directs ou inconscients d’une guerre civile de basse intensité. En tout cas, en faisant rimer démocratie avec la destruction de ce qu’avait si habilement édifié et consolidé la dure férule du raïs Saddam Hussein [4]. Ajoutons que ce sont les dirigeants de Bagdad qui, en évacuant Mossoul en catastrophe le 10 juin 2014, vont doter le Khalifat, fondé le 24 juin suivant, d’armements lourds et lui ouvrir à cette occasion un boulevard pour sa conquête de la Syrie et de ses champs pétrolifères. Merci à l’Amérique innocente par définition.

L’opération s’est ensuite poursuivie avec la diffusion générale du chaos au Levant (Syrie) et dans la Péninsule arabique (Yémen). Le chaos dit constructif étant en vérité un moyen inappréciable de gouvernance très adapté à nos temps incertains… Situation dont profite avec délectation l’État hébreu qui, pour jeter un peu d’huile sur le feu, effectue sans discontinuer des frappes bien senties (à défaut d’être toujours bien ajustées) aux confins syro-irakiens et ailleurs, pratiquant en outre avec une maestria inégalée l’assassinat ciblé grâce à ses drones… Le 20 novembre au matin, Tsahal, fort d’une impunité putative, revendiquait des frappes de « grande ampleur » en Syrie, au motif et « en réponse » à des tirs de roquettes effectués la veille depuis le territoire syrien… Ceci après l’élimination de l’un des chefs du Jihad islamique palestinien, Abou al-Ata [5]. Chacun aura parfaitement compris que l’agresseur est en réalité la pathétique victime  !

Bref, Bagdad est très certainement le lieu où l’affrontement est actuellement le plus dur entre les appareils politiques compradores suceurs de la sueur et du sang du peuple (mille fois pardon de recourir à une terminologie inspirée de la logomachie léniniste), et doit à ce titre servir d’exemple – si ce n’est de modèle en tant que Mère de toutes les révoltes [6] - aux mouvements d’insurrection civique qui se multiplient, s’internationalisent et se durcissent davantage chaque jour que Dieu fait… Éthiopie, Guinée, Liban, Chili… et bien sûr l’Algérie qui vote ce 12 décembre, tout juste une semaine après la mobilisation nationale du 5 en France. Manifestations qui ont vraisemblablement regroupé un ou deux millions de grévistes à travers l’Hexagone, soit quatre ou cinq fois les estimations officielles… Mais le mensonge statistique n’est-il pas l’un des outils d’excellence et de référence dans la panoplie répressive du pouvoir ? Défilés organisés en principe pour la sauvegarde de pensions de retraite décentes pour tous et pas seulement pour la défense des statuts privilégiés et des intérêts ou avantages cyniquement corporatistes de la Régie autonome des transports parisiens et de l’ex Société nationale des chemins de fer français. Nous y reviendrons.

Algérie l’épée de Damoclès…

En Algérie le danger est aussi imminent que proportionnel à la merveilleuse discrétion des médias quant à la charge fulminante représentée par l’Algérie engendrée des œuvres du FLN (Front de libération national) et qui ne se maintient ou qui n’existe plus ces derniers temps qu’avec le soutien implicite de Paris… Où l’on se repaît depuis 1962 des tombereaux d’injures et de venin que déversent sur l’ancienne métropole les cliques successives au pouvoir à Alger. Sachant que ce sont cinq millions d’Algériens sur trois générations (chiffres vérifiés - cf. France Culture le 6 décembre 2019) qui se trouvent à présent détenteurs de la nationalité française et que ce sont 700.000 votants (dont 200.000 binationaux) qui sont appelés à voter aujourd’hui depuis un territoire français fortement algérianisé, on saisira la dimension du problème  !

L’on sait que la décision du président Abdelaziz Bouteflika, pourtant semi grabataire, de briguer un cinquième mandat, a provoqué une vague de manifestations pacifiques à partir du 22 février. L’ampleur et la ténacité de la contestation l’ont conduit finalement à démissionner le 2 avril, néanmoins la mobilisation s’est poursuivie exigeant le départ de l’appareil politique dans son ensemble et l’engagement d’un processus de refonte constitutionnelle. Dans cette optique, l’Hirak (le Mouvement) rejette catégoriquement la tenue de l’élection présidentielle du 12 décembre. Les cinq candidats (dont quatre sont d’anciens ministres de Bouteflika) ayant été adoubés par l’homme fort du gouvernement transitoire, le général Gaïd Salah, les Agériens ne voient en fin de compte dans ce plébiscite qu’un moyen grossier pour le système de se maintenir et de se prolonger. Un scrutin qui a donc la folle allure d’une boîte de Pandore dont nul ne sait ce qui en ressortira… Or, si les élections ne sont pas ajournées et si la reformation de l’Algérie n’est pas au rendez-vous, craignons dans le cas d’un raidissement du pouvoir, qu’une lame de fonds migratoire - nouvel exode ou nouveau reflux – ne vienne s’abattre sur la France au ventre mou. Hypothèse en rien catastrophiste ou irréaliste, hélas bien au contraire. Dans ce cas de figure, ce ne seront plus annuellement quelques centaines de milliers de migrants hypnotisés par notre système d’assistanat social (32,1% du Pib en 2016 soit 714,5 milliards d’euros selon l’Ocde), le plus généreux, ou plutôt le plus suicidaire de la planète, qui débouleront et s’incrusteront sur notre sol, mais un ou deux millions d’Algériens se sentant tout à coup pénétrés d’un grand amour pour l’ancien colonisateur hier perpétrateur de crimes contre l’humanité aux dires de M. Macron

Abdelaziz Bouteflika et son successeur intérimaire Gaïd Salah

Rappelons que l’Insee (Insitut national de la statistique et des études économiques) montre en dépit ou par delà de l’interdiction légale des statistiques ethniques (savoir est strictement prohibé par le Système) que nous avons vingt-cinq millions de ressortissants français ayant au moins un ascendant d’origine extra européenne. Un calcul élémentaire – en partant de la population de 1945 à laquelle on appliquerait le ratio annuel des naissances – permet d’établir le chiffre approximatif des Français de souche vivant encore dans ce pays, soit entre trente et quarante millions d’âmes, certainement pas plus. De ce point de vue le grand remplacement a déjà eu lieu, même si l’on ressasse l’air mauvais qu’il s’agit d’un vilain mythe complotiste… afin de mieux nous chloroformer  ! Aussi M. Macron ne se gène-t-il pas pour pousser à la roue rabotant autant que possible les pensions de retraite des derniers babyboomers… Dont les enfants et petits-enfants ne bénéficieront donc désormais plus (ou beaucoup moins) des soutiens financiers et matériels que leur apportaient leurs parents et grands-parents.

En effet, pour ce qui est des largesses de l’État providence, cette manne céleste est réservée au sel de la terre et refusée d’entrée de jeu aux souverainistes, racistes et antisémites, bourreaux et persécuteurs structuraux des juifs et des musulmans dixit Jacques [7]. Et puis, pour faire avaler ses réformes de force, l’État confie aux syndicats façon Confédération générale du travail la mission d’encadrer et de canaliser (pour mieux les dévoyer) la grogne, la colère et les révoltes spontanées, à commencer par celle des Gilets Jaunes… afin d’empêcher tout débordement et de rester dans le cadre républicain grâce auquel défiler ou voter ne servent à rien ou à pas grand chose… Par “débordement”, entendons in fine la convergence, non pas des luttes, mais de quatre cents ou cinq cent mille manifestants vers le palais de l’Élysée, le palais Bourbon ou les studios de TF1… Horresco referens  ! Une évocation faisant frémir…

Des syndicats trop heureux de se donner le beau rôle et de sortir du néant politique où ils avaient sombré tout en espérant monnayer au printemps prochain ce regain d’influence obtenu en chevauchant le tigre de la fronde populaire, en échanges de quelques juteuses mairies. De l’autre côté, sur le pavé, ce sont les Black Blocs alias Antifas qui cassent les défilés par leurs exactions et délégitiment les manifestants syndicalement inorganisés. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des systèmes-monde  !

Maintenant gardons espoir, Bloomberg, Agence des agences de surveillance financière, nous informe que le montant total des dettes à ce jour s’élèverait à quelque 230.000 milliards de dollars. Un montant trois fois supérieur à la production industrielle globale, laquelle ne dépasserait pas les 80.000 milliards de dollars l’an… Ce qui représente un endettement d’environ 30.000 euros par bipède habitant de la planète Terre  ! Soyons de sorte confiant en l’avenir, comme le méga krach ne saurait être évité ad vitam æternam, avec un peu de chance, une bonne conflagration pourrait venir agrémenter la chose… dans le Meilleur de mondes possibles, aurait pu dire Jacques Attali à la manière de Pangloss, le metaphysico-théologo-comolo-nigologue, précepteur du Candide de Voltaire.

Geopolintel 9 décembre 2019

Notes

[1Le 17 janvier 2019, une voiture piégée explosait devant l’École nationale de police de Bogota faisant 20 morts et des dizaines de blessés. Proclamé vainqueur de la présidentielle du 20 octobre, Evo Morales après avoir nationalisé les gisements de lithium, prétendait effectuer un quatrième manda. Le 11 novembre, fuyant l’hystérie populaire (et ne voulant pas subir le sort de feu Kadhafi) il était exfiltré dans un avion militaire mexicain à destination de Cochabamba. Donald Trump en conclut que « ces événements envoient un signal fort aux régimes illégitimes du Venezuela et du Nicaragua, que la démocratie et la volonté du peuple triompheront toujours} ». Une reprise en mains de l’Amérique latine qui n’est pas sans rappeler la mise au pas du Chili en 1973.

[2Timour le Boiteux, Tamerlan, a lui aussi laissé un souvenir impérissable à Bagdad en annihilant sa population le 9 août 1401 et en faisant appeler à la prière sur des pyramides-minarets de têtes coupées. Plus tôt, en 1258, Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan, ayant écrasé l’armée abbasside, en avait déjà exterminé les habitants.

[3La vulgate des DdH n’étant pas pour l’heure protégée par la loi, il est encore licite de la dénoncer pour ce qu’elle est.

[4Notons que ce musulman tiède avait l’image de la Vierge près de son lit. De même le paysan qui l’avait recueilli lors de sa traque par les armées de la République universelle, était visiblement un catholique assyro-chaldéen, les images d’archives en témoignent. Cf. « Zabiba et le roi - Par son auteur » (Saddam Hussein 2000) 2003 pour l’édition française.

[5timeofisrael.com12nov19

[6C’est à Bassora, grande ville portuaire du Chatt-el-Arab, que sont apparus pour la première fois en 2015 des manifestants en Gilet Jaune.

[7Le 4 novembre 2019 sur attali.com le site qui ne se mouche pas avec le pied.

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