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La fabuleuse histoire du banquier Averell Harriman

dimanche 20 septembre 2026

Averell Harriman a été l’héritier d’une immense fortune, banquier, industriel et diplomate américain. Son père avait bâti une énorme fortune dans les chemins de fer.

Dans les années 1920, Averell Harriman s’est intéressé à l’Union soviétique ; ce point est important pour comprendre sa relation ultérieure avec Staline : il ne découvre pas l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dès 1926, Harriman négocie directement avec les autorités soviétiques au sujet d’intérêts miniers concernant le manganèse de Géorgie. Il rencontra des dirigeants soviétiques pour ses affaires, tout en côtoyant le régime bolchevique qui déstabilisa l’économie russe.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Harriman rencontre Staline à de nombreuses reprises pour participer aux conférences de Téhéran, Yalta et Potsdam. En lisant les archives diplomatiques des États-Unis, on apprend que Staline invitait Harriman aux dîners du Kremlin et que leurs conversations étaient très détendues, voire amicales.

Il est difficile d’imaginer des personnages aussi opposés s’apprécier et commencer une relation qui durera dans le temps.

Le témoignage d’un diplomate américain qui travaillait avec Harriman à Moscou illustre cette relation : Harriman pensait qu’il pourrait avoir avec Staline une relation personnelle comparable à celle qu’il avait avec Churchill. En réalité, Staline gardait une distance considérable. Le diplomate conclut qu’ils avaient des relations correctes et cordiales, mais qu’ils n’étaient pas réellement intimes.

Le magazine New Yorker a rapporté qu’Harriman voyait Staline environ une fois par mois et que celui-ci le respectait, notamment parce qu’Harriman n’hésitait pas à lui répondre lorsqu’il estimait que cela était nécessaire. Harriman avait une vision ambivalente de Staline, lui reconnaissant à la fois son efficacité politique et militaire, tout en considérant qu’il était un dictateur.

Pour comprendre ce rapprochement, il faut remonter en 1875 avec les Rothschild, par l’intermédiaire de leur partenaire bancaire Jacob Schiff, de la banque Kuhn, Loeb et Cie, qui ont financé l’empire ferroviaire du père d’Averell Harriman.

En 1922, William Averell Harriman fonde la banque W.A. Harriman & Co. Prescott Bush intègre la Harriman Bank en 1926 dont son beau-père est l’associé d’Harriman. Prescott Bush est le père du président George Bush et le grand-père de George W. Bush et ont toujours veillé sur la fortune de la famille Harriman.
William Averell Harriman a rejoint l’héritier de La Table Ronde, le Council on Foreign Relations en 1923. En 1941, il devient représentant spécial du président Franklin D. Roosevelt auprès du Royaume-Uni et de l’Union soviétique dans le cadre du programme Prêt-Bail.

Le programme Prêt-Bail a été initialement conçu pendant la Seconde Guerre mondiale : la loi sur le prêt-bail a été adoptée par le Congrès américain le 11 mars 1941. Elle permettait aux États-Unis de réapprovisionner rapidement les Alliés. Dans le texte du document, il est question de donner au président des États-Unis des pouvoirs élargis pour transférer des fonds ou des équipements de défense pour l’URSS. De 1941 à 1945, les aides américaines se sont élevées à 50,1 milliards de dollars et l’Union soviétique a bénéficié de 11,3 milliards.

William Averell Harriman a été l’une des personnalités les plus en vue du XXe siècle, occupant des postes importants dans la diplomatie, le gouvernement et les affaires. Moins d’un an après avoir pris ses fonctions d’ambassadeur au Royaume-Uni, Harriman a été nommé secrétaire au Commerce par le président Truman. Il est alors chargé du plan Marshall visant à reconstruire les infrastructures et à soutenir les économies européennes après les destructions de la Seconde Guerre mondiale. En 1963, il est devenu sous-secrétaire d’État pour les Affaires politiques. À ces postes, il a été un négociateur clé dans les pourparlers de paix au Viêt Nam.

La famille Bush et l’Allemagne nazie

Prescott Bush a été administrateur et actionnaire de l’Union Banking Corporation (UBC), une société américaine ayant des liens avec des intérêts industriels allemands associés à Fritz Thyssen. Le gouvernement américain a saisi les actifs de l’UBC en 1942 dans le cadre des mesures prises contre les intérêts ennemis. Bbbh.com

Ce fut un énorme scandale étant donné les relations entre Harriman, Bush, l’UBC et les entreprises allemandes.

La relation Harriman-Staline était principalement diplomatique et stratégique, tandis que la relation Harriman-Bush était financière et professionnelle, avec en arrière-plan l’Allemagne nazie.

Le magazine Time cite que, dans les années 1920, l’URSS de la NEP (Nouvelle politique économique) cherchait à attirer des capitaux et des technologies occidentales. Le gouvernement soviétique accordait des concessions à des entreprises étrangères pour exploiter certaines ressources. Harriman y voyait une opportunité commerciale inespérée.

Toujours selon les archives du Time, l’objectif principal d’Harriman était le manganèse, minerai indispensable à la fabrication d’aciers résistants. Il s’est intéressé particulièrement aux mines de Chiatura, en Géorgie, qui possédaient d’importants gisements de manganèse. En 1925, sa société obtient une concession soviétique de vingt ans pour exploiter ces gisements, avec des droits sur l’extraction, le traitement et l’exportation du minerai.

À l’époque, Time rapportait que les intérêts Harriman espéraient des bénéfices pouvant atteindre 120 millions de dollars sur la durée de la concession.

Ce qui est paradoxal, c’est que les bolcheviks avaient besoin du capitalisme pour reconstruire leur économie, alors que leur idéologie était fondamentalement hostile au capitalisme. La NEP permettait justement ce genre de coopération temporaire.

En 1941, Roosevelt envoie Harriman négocier avec les Soviétiques au moment où l’Allemagne envahit l’URSS. Harriman n’est plus là comme homme d’affaires, il était devenu le représentant diplomatique américain chargé de l’aide américaine à l’Union soviétique.

Quand Harriman retrouve Staline, il découvre un homme extrêmement méfiant, qui veut obtenir des États-Unis et du Royaume-Uni des armes, des avions, des camions, des matières premières et surtout l’ouverture d’un second front en Europe occidentale.

Staline respectait Harriman en raison de son langage direct. Harriman n’était pas admirateur du communisme ; il représentait les intérêts américains et comprenait que la défaite d’Hitler nécessitait une coopération avec Moscou tout en plaçant l’URSS dans une dépendance économique qui plaît aux banquiers d’affaires.

Harriman un « faucon » de la guerre froide

Après son poste d’ambassadeur à Moscou, Harriman devient l’un des personnages clef de la politique étrangère américaine en soutenant notamment la doctrine Truman, le plan Marshall et une politique contre l’expansion soviétique.

De 1946-1948 : il est secrétaire au Commerce puis gouverneur de New York.

De 1950 : il participe à la politique américaine en Asie pendant la guerre de Corée.

Dans les années 1960 : il devient l’un des principaux diplomates de Kennedy et Johnson.

Il a aussi participé aux négociations concernant Cuba, le Vietnam et les relations avec l’URSS.

En 1963, il joua un rôle dans la négociation du traité d’interdiction partielle des essais nucléaires entre les États-Unis, l’URSS et le Royaume-Uni.

Bref une histoire formidable d’un banquier qui est devenu un homme politique important tout en profitant de sa position diplomatique pour intégrer d’autres personnages avec un destin politique national comme les Bush et une main mise sur la dette soviètique qui sera réglée rubis sur ongle par Poutine.

Averell Harriman a représenté les États-Unis aux obsèques de Staline à Moscou, le 9 mars 1953. Mais avec une nuance importante : il n’était plus ambassadeur en URSS. Il avait quitté son poste en 1946. Le gouvernement américain l’a envoyé comme représentant spécial des États-Unis pour les cérémonies.

Le document diplomatique de l’époque rapporte les conditions de la cérémonie de l’enterrement de Staline et indique que la délégation américaine a participé au cortège funèbre derrière le cercueil de Staline, jusqu’à la Place Rouge.

Harriman avait donc une raison supplémentaire d’être là, il connaissait personnellement les principaux dirigeants soviétiques et pouvait observer la transition de très près.

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