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Le risque d’un défaut russe s’éloigne temporairement, Moscou ayant honoré sa dette

jeudi 12 mai 2022

New York - Le risque d’un défaut de paiement russe, évoqué après l’imposition de lourdes sanctions occidentales à l’encontre du Kremlin, semblait s’éloigner au moins temporairement jeudi suite au versement d’intérêts dus par Moscou sur ses dettes.

  • « La Russie doit choisir entre drainer ses précieuses réserves de dollars restantes, trouver de nouvelles recettes, et faire défaut »

La Russie n’a pas fait défaut, les Etats Unis on relevé leur dette en menaçant de faire défaut, et l’Europe elle est en route pour non pas faire défaut mais faire une récession avec de l’hyperinflation.

La fin du dollar n’est que le début de la prochaine guerre.

La Russie avait jusqu’au 16 mars pour payer 117 millions de dollars liés à deux obligations.

Le ministère russe des Finances a indiqué avoir déboursé l’argent nécessaire, affirmant dans un communiqué que « l’ordre de paiement sur le versement d’intérêts d’obligations (...) d’une valeur totale de 117,2 millions de dollars (...) a été exécuté ».

La banque américaine JPMorgan a bien reçu un versement de la Banque centrale russe en ce sens, a confirmé jeudi à l’AFP une source proche du dossier, sans donner de détails sur le montant de la somme reçue.

La firme de Wall Street a consulté les autorités américaines pour s’assurer de ne pas enfreindre les sanctions imposées à la suite de l’invasion de l’Ukraine et, après avoir reçu leur feu vert, a transmis l’argent à la banque américaine Citigroup.

Il revient désormais à Citigroup de distribuer les sommes requises aux détenteurs des obligations. Elle dispose de 30 jours pour le faire avant que la Russie ne soit considérée en défaut de paiement sur sa dette extérieure.

Contactés par l’AFP, ni le groupe JPMorgan ni Citigroup n’ont souhaité faire de commentaire sur cette opération.

L’agence de notation S&P a, jeudi en fin de journée, de nouveau dégradé la note de la dette russe, de CCC- à CC, la placant désormais à deux crans de la note des pays en défaut de paiement.

Les investisseurs n’avaient pas reçu leur paiement en dollars dû mercredi « en raison de difficultés techniques liées aux sanctions internationales », a justifié l’agence.

S&P reconnaît toutefois que le gouvernement a bien tenté d’effectuer les transferts et qu’il dispose d’une période de grâce de 30 jours.

Mais même si le paiement des intérêts dûs mercredi a finalement été effectué, des difficultés techniques similaires sont à envisager pour les prochains paiements, ce qui place la Russie en situation de « forte vulnérabilité au non-paiement de la dette ».

  • Paiement en dollars -

Les sanctions occidentales prises en représailles à l’attaque russe de l’Ukraine ont paralysé une partie du système bancaire et financier du pays et provoqué un effondrement du rouble.

Elles incluent, entre autres, le gel des réserves russes détenues à l’étranger, soit environ 300 milliards de dollars.

Cela fait craindre que Moscou ne soit plus en mesure d’honorer plusieurs échéances de paiement de dettes en devises étrangères courant mars-avril, et se trouve donc en situation de défaut de paiement. L’agence de notation financière Fitch a prévenu la semaine dernière qu’un tel risque était « imminent ».

Il avait fallu attendre douze ans pour que la Russie puisse revenir emprunter sur les marchés après le défaut de paiement sur sa dette intérieure en 1998, au moment où son économie était déstabilisée par une lame de fond financière venue d’Asie.

Moscou s’est depuis efforcé de se constituer une santé financière irréprochable, avec un taux d’endettement très faible et des réserves de plus de 600 milliards de dollars constituées grâce à la rente pétrolière.

Le ministère russe des Finances avait précisé plus tôt dans la journée jeudi avoir envoyé les fonds requis à une « banque étrangère » lundi : théoriquement 73 millions de dollars pour des intérêts liés à une obligation arrivant à maturité en 2023 et 44 millions liés à une obligation arrivant à maturité en 2043.

Le gouvernement russe a aussi souligné que le versement avait été effectué en dollars, et non en roubles, précision importante puisque Moscou a menacé à plusieurs reprises de rembourser ses dettes étrangères en devise russe.

« La Russie a tous les moyens nécessaires et le potentiel pour éviter un défaut, et aucun défaut ne peut avoir lieu. Si un défaut se produit, il sera uniquement de nature artificielle », a commenté pour sa part le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d’un point presse.

Selon une note de JPMorgan datant de début mars, le prochain versement d’intérêts dus par Moscou est prévu ce lundi 21 mars et porte sur 66 millions de dollars.

Mais, contrairement à l’échéance qui vient d’être honorée, la Russie a cette fois-ci contractuellement le droit de payer dans d’autres devises que le dollar, dont le rouble.

La Provence

« Pour les Chinois, la guerre froide n’a jamais pris fin »

La guerre en Ukraine soulève, depuis un mois, la question de la nature de l’alliance passée par Moscou et Pékin début février. Une alliance « sans limites », déclaraient alors les deux leaders, Vladimir Poutine et Xi Jinping. Vraiment ?
Pékin entend-elle soutenir financièrement, militairement, Moscou ?

Entretien avec Pierre Grosser, professeur à Sciences Po Paris.

C’est ce que redoute Washington, mais la ligne chinoise reste pour l’instant ambiguë. En soutenant diplomatiquement la Russie (Pékin vient de refuser de se prononcer pour l’exclusion de Moscou du G20 et s’était abstenue à l’ONU), mais en prenant garde d’être embarquée dans un conflit minant sa stabilité. Pour Pierre Grosser, auteur de « L’histoire du monde se fait en Asie », Odile Jacob, 2019, plus qu’un « bloc autoritaire », ce sont les convergences d’intérêts qui dominent.

Que représente l’accord du 4 février, signé entre la Russie et la Chine ? Quelle est la nature de cette alliance entre Moscou et Pékin ?

C’est en fait la question qu’on se pose depuis plusieurs années. Dans les années 2000, on évaluait cette relation plutôt comme une convergence d’intérêts. Les deux pays utilisaient la menace d’une nouvelle alliance sino-russe, pour peser dans leur relation bilatérale avec Washington. C’était un peu instrumental. Mais depuis 2014 et le « pivot » de la Russie vers l’Asie (accéléré par les tensions avec l’Ouest), les liens sont beaucoup plus forts. « Sans limites » dit le texte du 4 février. Mais il n’y a pas consensus chez les experts. Certains soulignent la forte convergence pour contrecarrer les États-Unis, et les Occidentaux en général. D’autres insistent sur la fragilité de cette relation, la Russie ne pouvant accepter d’être le partenaire junior, après avoir été le « Grand Frère » de la Chine dans les années 1950.

Cette ambivalence est nouvelle sur ce sujet ?

Non, dans ces années 1950 on passait son temps à ausculter la relation sino-soviétique

Il y a toutefois un grand point commun, la concentration du pouvoir au sommet, sur un homme ?

Les relations Mao-Staline puis Mao-Khrouchtchev étaient déterminantes. Poutine et Xi Jinping ont presque le même âge. Ils se sont rencontrés 36 fois depuis dix ans. Mais que pensent réellement les entourages, notamment militaires ? Cette dynamique se perpétuerait-elle si un des deux n’était plus au pouvoir ? C’est très difficile d’avoir des éléments de réponse sur ce point. Les images que les Chinois ont montrées, de Poutine seul dans les gradins aux Jeux Olympiques, n’étaient pas preuves d’amitié chaleureuse. On est loin des embrassades entre Mao et Khrouchtchev au pic de l’alliance.

L’idée d’un bloc autoritaire, Russie-Chine, est un fantasme occidental ou une réelle menace ?

Je ne pense pas qu’on puisse parler d’un bloc autoritaire. Les États-Unis ont beaucoup de mal à refaire une « alliance des démocraties ». Madeleine Albright s’y était essayée à la fin des années 1990. Biden a relancé le projet, mais sans grand succès. On se retrouve plutôt avec un « bloc de l’Ouest » assez classique. La Chine et la Russie se disent « démocraties », mais aussi « États civilisations ». Elles critiquent surtout la prétention de l’Occident à constituer des blocs et à vouloir imposer des valeurs en les prétendant universelles. Il y a des similitudes dans la « défense » contre l‘influence occidentale, mais peu entre les régimes eux-mêmes. En Chine, il y a un vrai parti, avec cent millions de membres. Poutine n’a pas d’équivalent. Des gouvernements ou partis autoritaires dans le monde admirent certains aspects de ces deux régimes, mais ceux-ci ne cherchent pas à exporter des modèles, comme durant de la guerre froide.

L’œil d’observation de la Chine sur ce qui se passe à Moscou, fondamental en 1989 pour conjurer la déliquescence de l’empire soviétique, reste d’actualité ?

Pour les Chinois, la guerre froide n’a jamais pris fin. Ce qu’on commence à savoir sur ce qui s’est passé aux alentours de 1989 va dans ce sens-là. Pékin parle de la mentalité de guerre froide des Américains, du fait qu’ils veulent toujours avoir des alliances et les étendre en Europe et en Asie, qu’ils veulent changer les régimes. Le récit chinois de la guerre froide est celui d’une résistance d’une Chine à la fois communiste et du « Sud global » contre le camp impérialiste. La Chine aurait su éviter les erreurs qui ont condamné l’URSS, en préservant le Parti, en réformant habilement l’économie, et en évitant (jusqu’à récemment) que l’Ouest se mobilise contre elle.

Économiquement, l’hégémonie américaine est encore réelle vis-à-vis de la Chine, ou est-elle contestée ?

Tout le monde comprend bien que la Chine a besoin d’un minimum de stabilité, surtout si la « guerre économique » commencée en 2018 se poursuit. La dé dollarisation, on n’y est pas encore. D’où l’ambivalence de Pékin qui ne condamne pas son ami russe mais ne veut pas se retrouver punie comme lui. Même si la géopolitique, comme le covid, permet de justifier une croissance plus autocentrée et contrôlée par le Parti.

Ouest France

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