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Bernard Debré : « Je persiste à dire que le virus H1N1 n’est pas dangereux »

jeudi 17 septembre 2009

Chef du service d’urologie à l’hôpital Cochin, Bernard Debré maintient que la grippe H1N1 est beaucoup moins dangereuse que la grippe classique.

Chef du service d’urologie à l’hôpital Cochin, le célèbre professeur de médecine, ancien ministre, maintient que la grippe H1N1 est beaucoup moins dangereuse que la grippe classique.
FRANCE-SOIR. Fin juillet, vous dénonciez une surmédiatisation politique de la grippe. Emploieriez-vous de nouveau le terme de « grippette sans danger » aujourd’hui ?
BERNARD DEBRÉ. Mais oui ! Le terme de « grippette » est une traduction d’un mot anglais employé en juillet dernier lors d’une conférence en Angleterre, où de nombreux virologues, médecins, chercheurs se sont accordé à dire que le virus H1N1 est plus contagieux que la grippe saisonnière mais moins dangereux. Rendez-vous compte, lorsque la grippe saisonnière fait 500.000 morts par an dans le monde, le H1N1, qui a déjà fait le tour de la planète, n’en a fait, fort heureusement, « que » 3.200 pour le moment.

Tout de même, deux jeunes Français qui étaient en bonne santé viennent d’en mourir.
Je l’entends bien, mais malheureusement, toutes les grippes peuvent entraîner la mort, et dans des cas très rares, celles de personnes en bonne santé. Le virus H1N1 ne déroge pas à cette règle dramatique, mais je persiste à dire qu’il n’est pas dangereux.

Pourquoi le H1N1 est-il moins dangereux que la grippe saisonnière selon vous ?
Le virus H1N1 touche tout le monde, y compris les personnes âgées. Or, celui qui a entraîné les épidémies de 1948, 1956 et 1957, très virulentes et « contagiantes », était très proche du virus actuel. Ces gens âgés sont pour la plupart déjà immunisés. Il y aura donc moins de morts.

Pourquoi règne-t-il une telle psychose si ce virus n’est pas aussi dangereux qu’on le croit ?
D’habitude, on ne comptabilise pas le nombre de morts ou de patients atteints. Là, dès qu’il y a un cas, on le pointe du doigt, les morts deviennent des statistiques. Par ailleurs, on a eu très peur au départ, car l’on s’attend à voir apparaître un jour une chimérisation, c’est-à-dire un mélange de virus entre la grippe aviaire et un virus contaminant d’homme à homme. Le H1N1 n’est pas ce virus que l’on attend. L’OMS a également fait en sorte que l’on ait peur. Le terme pandémie signifie simplement qu’un virus va faire le tour de la planète, mais n’indique en rien une certaine gravité. Or, dans l’esprit des gens, « pandémie » inquiète et rappelle les épidémies de peste noire.

Que dire des 94 millions de doses de vaccins commandées pour octobre, plus 30 millions pour 2010, au regard du déficit actuel de la Sécurité Sociale ?
Cela fait beaucoup, mais Roselyne Bachelot n’a pas eu d’autre choix. Lorsqu’elle a décidé ces commandes, c’était sous la pression des laboratoires qui ont dit à la France : « Soit vous commandez maintenant, et vous en aurez, soit vous attendez, nous servirons les autres pays, et vous n’aurez plus rien. » Pouvait-on faire autrement ? Non. C’était une sorte de chantage.

Doit-on s’inquiéter des brefs délais dans lesquels le vaccin est élaboré ?
Non. Tant que l’autorisation de mise sur le marché n’est pas délivrée par l’Agence européenne du médicament, aucun risque ne sera pris. Et il ne faut pas compter sur ce vaccin avant la fin octobre.

Que se passera-t-il si cette autorisation est refusée ?
Il n’y aura pas de vaccin, plus de gens auront la grippe H1N1, mais ce n’est pas grave pour autant ! Il y a déjà 103.000 personnes qui l’ont eu en France à ce jour, et on estime que plusieurs millions de Français auront croisé le virus à la fin de l’épidémie. Sans compter que beaucoup de personnes sont atteintes sans le savoir, ce sont des grippes asymptomatiques. Toutes ces personnes sont déjà immunisées.

Allez-vous vous-même vous vacciner lorsqu’il sera autorisé ?
Bien sûr, et non pas pour moi, mais pour mon entourage, car je travaille dans un milieu où il y a beaucoup de personnes à la santé fragile. Je ne comprendrais pas que des personnes qui travaillent dans des milieux sensibles refusent le vaccin. Même si je risque d’avoir une réaction, comme de la fièvre, je le ferai quand même. C’est une question de responsabilité.

Faut-il également se vacciner contre la grippe saisonnière ?
Evidemment. Cela m’inquiète de voir que l’on oublie les dégâts considérables que peut faire la grippe classique. Il faut se vacciner contre les deux grippes. Les deux vaccins seront compatibles.

Propos recueillis par Alexandra Gonzalez, le jeudi 17 septembre 2009
Edition France Soir du jeudi 17 septembre 2009 page 11

« Pour moi, Il faut utiliser le Tamiflu dès maintenant »

Créé le 17.09.09
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a reconnu hier que l’épidémie avait commencé. Vous avez dirigé Sentinelles, le réseau de surveillance de la grippe des médecins libéraux. Quelles sont les données dont on dispose ?

Antoine Flahault : Tous les indicateurs nous montrent que la grippe est là. La vague épidémique démarre beaucoup plus tôt que pour la grippe saisonnière, et beaucoup plus fort.

Le vaccin devrait, lui, être disponible autour du 15 octobre. Cela permettra-t-il d’enrayer l’épidémie ?

Non. Le plan qui a été validé par le gouvernement prévoit la vaccination d’environ 15 % de la population. C’est négligeable en termes de barrière épidémique. En revanche, le vaccin protégera les personnes déjà fragiles.

Comment interprétez-vous la cacophonie autour des chiffres de la grippe A ?

Aujourd’hui, les chiffres qui sont communiqués par l’Institut national de veille sanitaire (InVS) reposent sur les consultations pour syndrome grippal. Or, aucun test n’est réalisé pour confirmer si ces malades sont bien infectés par le virus A(H1N1). C’est pourquoi, avec l’Inserm, nous allons mettre en place, dès que le comité d’éthique se sera prononcé, probablement lundi, une enquête hebdomadaire auprès de 1 000 personnes. Nous allons réaliser des prélèvements sanguins pour calculer le taux de contamination de la population par la grippe A et nous communiquerons les résultats chaque semaine.

Dans votre livre*, vous vous étonnez que le Tamiflu, un antiviral, soit si peu utilisé...

Pour moi, il faut l’utiliser dès maintenant en préventif. Et le prescrire, par exemple, à tous les membres d’une famille où il y a un malade. Car ce médicament réduit la période de contagion de 30 %. Il faut donc s’en servir au début de l’épidémie pour limiter la contamination.

La France a enregistré ses deux premiers décès exclusivement dus au virus. La grippe A s’attaque-t-elle plus aux patients jeunes ?

Il pourrait y avoir une hausse de 10 % des décès de patients jeunes et en bonne santé par rapport à une « grippe normale ». On sait aujourd’hui qu’il y a plus de décès directs avec le virus H1N1 W

* A(H1N1), journal de la pandémie d’Antoine Flahault et Jean-Yves Nau (Plon, 18,50 euros).

Recueilli par Charlotte Mannevy 20 minutes

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