Geopolintel

Chronique de la thèse officielle III

lundi 4 mai 2009

’’ Et le canard était toujours vivant ’’
(Robert Lamoureux)

Cette semaine du 24 avril au premier mai 2009, le procès a été marqué par un moment fort : un ancien policier du SRPJ de Toulouse est venu affirmer avoir été dissuadé d’explorer la piste terroriste, et il a mis en cause un de ses supérieurs hiérarchiques, qui lui aurait dit, au cours d’une réunion suivant de peu la catastrophe ’’A Paris ils veulent un accident, eh bien ils auront un accident’’. Le Président, très logiquement, a appelé ce supérieur hiérarchique à la barre, lequel a démenti les allégations de son subordonné, en ajoutant ’’je crois qu’il m’en veut beaucoup’’.

Ces deux témoignages contraires étaient une belle occasion de requinquer un procès qui se dissout et s’enlise ; un procès où la vérité, confinée de moins en moins bien par la thèse officielle, commence à suinter de partout, comme l’eau d’une retenue dans une digue délabrée ; un procès toujours vivant, certes, mais qui court toujours à la manière d’un canard sans tête !

En creusant un minimum la discordance entre ces deux témoins, le président aurait pu redorer le blason judiciaire, tristement terni par ces experts dérisoires qui se font un devoir, et s’en vantent, de ne tenir compte d’aucun témoignage pour élaborer leurs invraisemblables conclusions. Mais non, il se borne à prendre acte de ces contradictions, et loin de chercher à les résoudre, il en tire prétexte pour faire s’annuler l’un l’autre les deux témoignages !

Ce qui est sidérant, c’est qu’aucun journaliste ne relève. Décidément, les journalistes actuels sont sages comme des images et pas curieux pour un sou, car à qui fera-t-on croire qu’on ne pouvait pas aisément déterminer lequel des deux témoins dit la vérité ? Pas besoin de lampe dans les yeux ni d’interrogatoire musclé : des questions simples et un minimum de raisonnement y auraient amplement suffi.

Au procès d’AZF, il y a témoin et témoin

Ces journalistes sont d’autant plus impardonnables (ou consentants ?) que la différence de traitement avec les témoins cités par la défense est criante, caricaturale même : ces pauvres témoins ont enduré des chemins de croix, ainsi que l’a fait remarquer l’avocat Daniel Soulez-Larivière ; le président les a cuisinés comme s’il s’agissait de délinquants mis en examen, cherchant à les déstabiliser, dans le but manifeste de les décrédibiliser au maximum, et sous des prétextes parfois dérisoires, tirés par les cheveux. Par exemple, une dame, témoin direct d’une arche lumineuse traçante, courbée vers le bas, allant de la SNPE vers AZF juste avant l’explosion du fameux hangar 221, s’est vue sommée d’expliquer pourquoi sa collègue ne confirmait pas son témoignage, alors que cette collègue, d’une part avait subi une légère amnésie suite au passage de l’onde de choc d’AZF, et d’autre part ne pouvait rien avoir vu de ce sillage extraordinaire puisque faisant face, dans leur bureau commun, à la dame en question, elle tournait le dos à la scène !

Ainsi donc le président Le Monnyer, quand il a jeté, juste avant leur comparution les 1 et 2 avril, la suspicion sur les témoins de la Défense, a oublié de préciser que ce doute à prétention philosophique ne s’appliquait qu’à eux, et nullement aux témoins dont se sont servis les experts officiels. Nous pourrions donner une interminable liste d’exemples de cette discrimination. Nous nous bornerons ici à en donner un d’emblématique. Pour bien le savourer, il nous faut revenir un instant sur la genèse de la thèse officielle.

Début de la digression

Nous l’avons déjà signalé, cinq jours après la catastrophe, une caution scientifique de poids a été apportée à l’enquête par des sismologues, qui ont doctement expliqué, dans un rapport à la DRIRE, pourquoi les deux bruits d’explosion ’’entendus par la population’’ pouvaient très bien s’expliquer par une seule explosion, qui bien entendu ne pouvait être que celle du hangar 221 d’AZF. Ce rapport a été rédigé par l’OMP de l’université Paul Sabatier, de Toulouse. Le lecteur pourra le consulter en cliquant ici. Il est signé par Annie Souriau, directrice de l’OMP, et ses collaborateurs. Le sigle ’’OMP’’ signifie : Observatoire Midi-Pyrénées. Il fut diffusé largement dans le grand Toulouse à partir du 26 septembre 2001, par la presse écrite et par internet. Le grand public fut impressionné par le mot ’’Observatoire’’, car il confondit avec le prestigieux Observatoire du Pic du Midi, légitime objet de fierté de toute la région. La presse ne fit rigoureusement rien pour détromper le public. Car ce n’est pas de cet observatoire qu’il s’agissait, mais d’un laboratoire particulier dont peu de monde avait entendu parler jusque là, un laboratoire de ’’surveillance sismique’’ installé dans un écart de l’université des sciences de Toulouse-Rangueil, c’est-à-dire un laboratoire où sont installés quelques instruments de mesure des ondes sismiques qui se propagent continuellement dans le sol, et où travaillent des universitaires des ’’sciences de la Terre’’ qui s’efforcent d’interpréter ces signaux sismiques. Rien à voir, donc, avec le Pic du Midi de Bigorre !

Pour convaincre les lecteurs que les deux bruits d’explosion entendus le 21 septembre 2001 à Toulouse étaient dus à la seule explosion d’AZF, les auteurs du rapport à la DRIRE expliquaient que le premier bruit était provoqué par la réfraction dans l’air des ondes sismiques engendrées par cette explosion d’AZF, ces ondes sismiques s’étant propagées dans le sol avant de se réfracter dans l’air en bout de course. Comme les ondes sismiques se propagent dans le sol bien plus vite que le son dans l’air, les témoins auraient entendu les ondes sismiques réfractées dans l’air un peu avant le bruit aérien de l’explosion, arrivé, lui, entièrement par l’air, donc plus lentement.

Aucune démonstration de cette théorie n’était proposée, si bien que son statut, dans ce rapport, restait celui d’une simple hypothèse. Des difficultés devaient être résolues, sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici.

Pour y voir plus clair, des témoignages étaient nécessaires. Le rapport à la DRIRE demande explicitement qu’une enquête par témoignages soit menée pour se faire une idée de la valeur de cette hypothèse. Les auteurs affirment avoir esquissé une telle enquête, et c’est pourquoi vers la fin du rapport, ils écrivent : ’’Les premiers témoignages recueillis favorisent l’hypothèse de deux bang dus à une seule explosion’’

Fin de la digression

Madame Annie Souriau, confrontée avec le pr. Arnaudiès le 6 février 2003 dans le bureau du juge d’instruction T.Perriquet, s’entendit demander des précisions sur ces ’’premiers témoignages recueillis’’, qui avaient pesé si lourd dans le démarrage en flèche de la thèse officielle, et qui avaient déjà permis, indirectement, de mettre en examen et emprisonner en garde à vue plus de vingt salariés d’AZF début juin 2002.

Ce jour-là, elle répondit avoir recueilli elle-même ces témoignages dès le samedi 22 septembre 2001 au matin, en se promenant dans Toulouse. Elle expliqua avoir demandé à des passants ayant entendu deux explosions quelques précisions (qu’elle ne détailla pas), et avoir eu le sentiment que ces personnes avaient réellement entendu des ondes sismiques. Mais pressée de questions par le pr. Arnaudiès, elle fut incapable de donner le nom d’un seul de ces témoins. Le juge Perriquet n’alla pas plus loin et ne l’importuna pas davantage.

Le 9 avril 2009, Annie Souriau fut appelée à témoigner au procès. La Défense l’interrogea à nouveau sur ces fameux ’’premiers témoignages recueillis’’, pierre angulaire de tout son rapport à la DRIRE, sur lequel a reposé l’accusation depuis octobre 2001 jusqu’en 2005, quand l’expert Lacoume fut appelé en renfort de la thèse de l’OMP. Ce jour-là, elle donna une version très différente de celle du 6 février 2003. Sous serment, elle confirma avoir recueilli elle-même ces ’’premiers témoignages recueillis’’, mais seulement le mardi 25 septembre 2001 (alors que le rapport à la DRIRE fut publié le 26 septembre 2001), et à l’occasion d’un ’’pot’’ à son labo, où elle interrogea, assura-t-elle, ses connaissances, en précisant qu’en tout elle avait ainsi recueilli douze témoignages.

Le seul point commun entre les deux versions du 6 février 2003 et du 9 avril 2009 était que dans aucun des deux cas, Annie Souriau ne donnait le nom d’aucun de ces témoins définis par l’expression ’’ les premiers témoignages recueillis’’.

Le président Le Monnyer, le 9 avril 2009, dans la continuité de T.Perriquet, ne demanda aucune précision sur ces témoins dont se prévalait Annie Souriau. Il ne demanda le nom d’aucun d’entre eux. Il ne demanda à Annie Souriau de rapporter un peu plus en détail, ne fût-ce que de mémoire, aucun des témoignages en question. Il ne se soucia pas de savoir si parmi ces témoins, au moins un avait seulement écrit quelque chose qu’aurait pu exploiter Annie Souriau à tête reposée. Il ne formula aucune réserve sur la valeur et la fiabilité de ces témoins fantômes.

Si la Défense n’avait présenté aucun témoin, le public du procès aurait été prié de prendre pour argent comptant ces témoignages mythiques allégués par Annie Souriau, et donc de considérer comme une vérité scientifiquement établie (de par la position sociale d’Annie Souriau, directrice de recherche au CNRS tout de même... ) que ces ’’premiers témoignages recueillis’’ ’’favorisent l’hypothèse de deux bang dus à une seule explosion’’.

Conclusion : comme dans La Fontaine

Ce qui précède éclaire d’un jour sombre la philippique lancée par président Le Monnyer à l’encontre des témoignages le 1 avril 2009.

Son petit laïus se voulait à prétention psycho-philosophique, ce qui a peut-être égaré plus d’un auditeur du procès ce jour-là, mais il n’était que discriminatoire envers les témoins gênants. M. Le Monnyer ne faisait que donner un coup de pouce aux futures interventions d’experts qui, tels M. Van Schendel, sans élever la moindre objection contre les témoins virtuels d’Annie Souriau, se targuent de ne tenir compte d’aucun témoignage (sous-entendu : gênants) et s’en vantent. Aucune philosophie là-dessous !

En conclusion, en paraphrasant La Fontaine, on peut écrire :

Au procès d’AZF, selon que votre témoin sera utile contre ou pour la thèse officielle, il sera blanc ou noir.

La rédaction Geopolintel

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