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Chronique de la thèse officielle VI

vendredi 29 mai 2009

L’ART DU REMPLISSAGE

Au Tribunal de Grande Instance de Toulouse, le spectacle continue : le président creuse patiemment son sillon de la thèse officielle, insensible à toutes les inepties scientifiques qui se débitent devant lui, sourd à toutes les objections, de marbre face à l’accumulation des contradictions. De plus en plus, il ne tire cette force que de la complaisance par omission de la majeure partie de la presse écrite, parlée et audiovisuelle. Ces médias en effet sont dociles et sages comme des toutous, étrangement muets et visiblement serviles devant cette justice ectoplasmique ne cachant rien des pouvoirs absolus et des mains de fer qui la contraignent.

L’épure dont il est interdit de sortir n’a jamais varié depuis le 21 septembre 2001 vers 11 h du matin : focaliser 100% sur AZF par tous les moyens possibles pour qu’on ne parle jamais de la SNPE, et surtout, marteler sur tous les tons, que l’explosion du hangar 221 d’AZF est responsable de tout, est l’alpha et l’omega de la catastrophe, le sésame magique permettant de la comprendre dans ses moindres détails. Jusqu’en 2007, les photos aériennes disponibles s’arrêtaient à l’est au bras mort de Garonne (sa branche ouest qui sépare AZF de SNPE). On n’évoquait la SNPE que pour la plaindre des dégâts provoqués par l’explosion d’AZF.

Pour bien inculquer au grand public que la justice va passer et n’aura négligé aucune hypothèse, il a été décidé de faire durer le procès quatre mois. Mais pour notre tribunal, quatre mois sans jamais sortir d’AZF, c’est long, long ! Quatre mois sans avoir le droit de bouger le petit doigt sous le déluge des incompatibilités criantes avec la thèse officielle. Quatre mois pendant lesquels il faut tenir le public en haleine en tournant autour du cratère, en buvant la soupe chimique jusqu’à la lie, en attendant Godot, sans jamais avoir le droit de porter le regard hors du sas et du périmètre du bâtiment 221 d’AZF, sous peine d’excommunication.

Alors la seule solution, c’est le remplissage.

Le remplissage, c’est le tout-venant qui permet aux consignés du cratère de tuer le temps entre les messes sismologiques quotidiennes, à l’ombre de la statue du Commandeur OMP. Tenir jusqu’à la fin, tenir coûte que coûte, ignorer la SNPE quoi qu’il se passe dans la salle, à la barre, et à l’extérieur du Palais, telle est la mission pathétique de ce tribunal, dont il s’acquitte avec une conscience professionnelle qui force le respect.

Le summum

Depuis la semaine 12, le tribunal analyse la soupe chimique, la distille et la sirote à petites gorgées. C’est le plat unique pratiquement jusqu’à la fin du mois.

On avait aimé l’explication sismologique des deux bruits d’explosion entendus par la majeure partie des témoins toulousains. On est en train d’adorer la sauce au DCCNa censée faire passer la soupe chimique.

Soyons équitables : En jouant le jeu, on ne s’ennuie pas ; on n’apprend certes rien sur la catastrophe, mais on va de surprise en surprise dans le domaine de la science chimique. Jamais on n’aurait imaginé que ce domaine réputé austère serait aussi riche et varié. C’est un véritable kaléidoscope que déroule sous nos yeux enchantés, comme à la Foire du Trône, une infatigable noria d’experts à prétention savante. Besoin que le vent d’autan toulousain soit humide ? Pas de problème ! Il devait l’être, donc il l’a été, ce fatal matin du 21 septembre 2001. Besoin de flaques d’eau sur le sol pour qu’une réaction s’amorce ? Et hop, je te sors des flaques d’eau de ma manche, plus fort que Houdini !

Besoin de DCCNa ? On découvre comme par hasard un sac providentiel dans le bâtiment 335.

Le public, charmé, en redemande, certaines parties civiles écument de rage devant tant d’évidence : comment ose-t-on perdre un temps précieux devant toutes ces preuves de la culpabilité du démon capitaliste Total ?

Le DCCNa ne peut être pelleté sans asphyxier le pelleteur ? Aucune importance, ce produit est si dangereux qu’il suffisait de quelques balayures pour faire sauter Toulouse. Dans le fameux sac, il n’y avait que ces quelques balayures fatidiques, comment peut-on contester la présence de balayures de produits dans un sac d’une usine chimique ? Voilà, on la tient enfin, la preuve définitive, haro sur AZF ! A l’abordage ! A l’assaut final contre Total, variante de la lutte finale ! Qu’attend-on pour sévir, pour condamner les coupables ? Scandale ! On atermoie, on ergote, on chipote, on biaise, remboursez ou on va tout casser ! On veut des sanctions exemplaires !

Ainsi, la qualité du tout-venant pour meubler les vides chimiques est exceptionnelle. D’authentiques scientifiques, spécialistes renommés en chimie depuis des trente et quarante ans, sont rejetés comme fétus de paille entre ces magistrats imperturbables et ces experts autoproclamés gardiens jaloux de leur méphitique soupe chimique. Quelle revanche pour ces experts, de damer le pion devant cette Cour à tous ces vrais chimistes !

Et ces vrais chimistes doivent s’incliner, impuissants, devant ces pseudo-démonstrations de ces pseudo-scientifiques pris au sérieux par le tribunal.


‘’Notre mérite nous vaut l’estime des honnêtes gens, et notre étoile nous vaut l’estime du public’’

Le procès a été organisé pour que l’estime du public aille à ces experts…le public en effet, quand il entend que l’humidité de l’air était ce jour-là de 70%, en déduit automatiquement qu’avec un pourcentage pareil, le tas d’ammonitrate devait être mouillé comme un chien, d’où les flaques, d’où la catastrophe, haro sur Total ! Que sait le public de la vapeur d’eau saturante ? Comment le public peut-il se douter que 70% d’humidité de l’air, c’est très peu, c’est de la vapeur d’eau nullement saturante, incapable de créer la moindre rosée dans des zones à la température ambiante ? D’ailleurs quelle proportion du public sait-il ce qu’est une vapeur saturante ? Comment le public peut-il savoir que 70% d’humidité le matin avant 10 heures, s’agissant d’une journée qui s’annonçait chaude, ça ne pouvait que diminuer au fur et à mesure de la montée du soleil dans le ciel ?

Redevenons sérieux

Avec l’explication sismologique des deux bruits d’explosion, la Science a été soumise à rude épreuve. Mais avec la soupe chimique, là elle est carrément insultée.

Force est de constater que cette insulte ne dérange pas grand monde dans ce procès. C’est normal, car l’essentiel n’est pas là ; l’essentiel, c’est d’avoir meublé plus de trois semaines sur les quatre mois prévus pour le procès. Quatre mois pendant lesquels on ne doit jamais aborder l’essentiel, c’est-à-dire la catastrophe qui a sévi dans l’usine SNPE dans les dix secondes avant l’explosion d’AZF. Quatre mois pendant lesquels personne n’a obligé le tribunal à ordonner des suppléments d’enquête pour savoir ce que signifient les immenses colonnes, respectivement de 750 à 800 mètres de haut et de 130 à 150 mètres de haut, surgies dans la SNPE dans la zone entre le sud du bâtiment 271 et le bâtiment 375, et dans la zone de la cuve 366. Colonnes dont nous reparlerons ici prochainement.

La rédaction de Geopolintel

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