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Chronique de la thèse officielle I

mardi 28 avril 2009

Depuis neuf semaines, le procès d’AZF se déroule, dans une ambiance surréaliste et morne. Ce devait être le procès du siècle, pensez donc, sept mille pièces, une nuée compacte de parties civiles, une salle d’exception pour un procès d’exception, scrogneugneu, on allait voir ce qu’on allait voir !

Las ! La montagne accouche d’une souris ! Le public ? réduit à un strict minimum, une quarantaine incompressible d’un côté (les prévenus, quelques journalistes, quelques fidèles qui veulent assister à tout), plus un fond de public payé pour cela, extrait des familles de certaines parties civiles, qui perçoivent trente-sept euros chaque fois pour être là, incapables de comprendre un traître mot de ces joutes d’experts, car ne parlant que peu ou pas du tout le français...

Et les médias alors ! Charlie Hebdo et Le Figaro exceptés, pas un mot qui tranche avec, ou seulement critique, même poliment, ces thèses officielles. Le courage se ferait-il rare dans le milieu journalistique ?

Le Canard Enchaîné, si prompt à rameuter ses lecteurs à la moindre rature d’un relevé de compte trouvé dans je ne sais quelle poubelle ou corbeille à papiers, ou à la moindre trace suspecte dans un bidet mal nettoyé, se tait remarquablement, et mérite plus que jamais son antonomase : ’’Journal paraissant satirique le mercredi’’. On espérait des projecteurs, on a droit à de ridicules allumettes n’éclairant que les mains de celui qui les enflamme au fond de l’épaisse obscurité d’une grotte sans issue...

Les défilés d’experts se succèdent, mortellement ennuyeux, soporifiques, écoutés d’une oreille aussi discrète que respectueuse par tous ces personnages d’un théâtre d’ombres. Experts triés sur le volet, qui débitent leur leçon bien apprise d’un ton las, feutré, sans âme, donnant le sentiment de ne même pas y croire.

Et le Tribunal va ainsi son petit train-train, lentement mais sûrement. On connaît d’avance son verdict, on pourrait presque écrire le jugement final à sa place. Tous les contradicteurs potentiels sont soigneusement écartés une fois pour toutes. Ils demandent à être entendus ? Pas de réponse. Ils le redemandent par lettre recommandée avec accusé de réception ? Pas de réponse. Des parties civiles demandent leur audition ? Pas de réponse.

Les témoins gênants ? Le président, bien forcé d’en entendre quelques-uns, commence par un long speech préalable, destiné à les décrédibiliser d’avance : les témoignages humains seraient fragiles, les témoignages seraient contradictoires entre eux, on ne pourrait rien en déduire, ils ne seraient pas scientifiques, il ne faudrait donc pas en tenir compte. Il va jusqu’à recommander la lecture d’un opuscule du niveau de ces polars qu’on peut lire en moins d’une heure sur un quai de gare pour tuer le temps, et qui, paraît-il, démontrerait une fois pour toutes que les témoignages, vraiment, ça ne peut servir à rien en justice. Comme si personne, avant cet auteur de bazar, n’avait jamais réfléchi de manière approfondie à l’éternel problème que pose la connaissance indirecte et la valeur du témoignage humain. Comme si la frontière entre témoignage et reportage scientifique était claire et nette ! Comme si le scientifique qui lit une mesure sur son appareil n’était pas lui-même un témoin qu’il faut croire, au moins provisoirement, si on ne veut pas faire du sur-place !

Et après ça, ces témoins qu’on n’a pu empêcher de comparaître, se voient traités en accusés, se font apostropher durement, voient leur parole mise en doute publiquement et en termes ironiques, sont soumis à des interrogatoires visiblement destinés à leur faire perdre le fil, à les déstabiliser, pour bien montrer qu’un témoin c’est fragile et peu fiable... .c’est ainsi que de témoins capitaux, leur statut dégringole en celui de faire-valoir des thèses officielles, avec ces experts bien nourris, proprets et sûrs d’eux, puisque leurs contradicteurs dangereux n’ont pas droit à la parole.

Quelle pitié ! C’est avec ça qu’on va condamner des personnes qui ne sont pour rien dans la catastrophe, que la ’’grande presse’’ fera des choux gras, que des parties civiles vont se repaître sans savoir ce qui s’est réellement passé ce 21 septembre 2001... et que tout le monde sera content !

Tout le monde ? Non, pas tout à fait. Un petit village résiste encore. Ses chefs sont tombés dans la potion magique étant petits, la potion de l’amour de la vérité. Quand les légions du juridiquement correct les attaquent, ils résistent héroïquement, et jamais César n’a pu les réduire au silence. Ils n’ont pas fini de faire parler d’eux !

La rédaction Geopolintel

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