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Le 4 mars 2004, j’ai rencontré de façon officieuse un officier de police.

lundi 5 janvier 2009

Le Libre Journal

Il ne m’a entendu ni comme suspect, ni comme expert officiel ; mais, connaissant mes relations avec divers milieux - de droite, de gauche, alter-mondialistes et spécialistes de stratégie et de polémologie -, il souhaitait avoir ma « grille de lecture », m’a-t-il dit.
Plus tard, je lirai dans Le Point (11/3) : « La semaine dernière, chacun a dressé une liste de suspects qui ont été placés sur écoute : membres de sectes, gauchistes, alter-mondialistes, ex-militaires... Selon nos informations, la DNAT (Direction nationale de l’anti-terrorisme) avait même prévu, le 4 mars, une série de perquisitions. Mais l’opération n’a pas obtenu l’aval politique. » Je comprendrai alors que mon officier de police a bel et bien tenté de me manipuler. Les politiques ayant interdit à la DNAT la « série de perquisitions » prévue, il avait inventé un autre moyen de savoir ce que j’avais dans le ventre, sans commission rogatoire.

En ce début d’après-midi du 4 mars, en tout cas, il me questionne sur « l’affaire AZF ».

  • Quelle affaire AZF ? L’attentat du 21 septembre 2001 ou le chantage actuel ?

Il ne tique pas quand je parle d’attentat. Partage-t-il ma conviction, ou observe-t-il l’impassibilité de rigueur dans son métier ? En tout cas, il me répond que son sujet est l’affaire actuelle, et me montre une lettre de revendications dont la presse n’a pas eu connaissance.

Il me présente aussi un document mal traduit de l’anglais qui détaille la fabrication de l’explosif au nitrate d’ammonium avec du gazole, et des dispositifs de mise de feu.

D’après la presse, ce sont les moyens mis en œuvre pour réaliser la bombe retrouvée sous le ballast de la ligne Paris-Toulouse le 21 février.

Ma première réaction est de dire que je n’aurais pas procédé de cette façon. J’aurais utilisé un autre type de dispositif de mise de feu. Je lui donne des précisions que tout chimiste connaît (en particulier ceux qui réalisaient de l’explosif au nitrate d’ammonium en Bosnie-Herzégovine) : pour obtenir un explosif vraiment efficace, il faut ajouter un certain métal sous forme pulvérulente au nitrate d’ammonium, lui-même broyé en poudre fine, avant d’y incorporer le gazole. J’indique le dosage exact de gazole en fonction des additifs contenus dans l’engrais qu’on veut transmuter, et les précautions à prendre pour que l’explosif ne saute pas en cours de préparation.

J’expose ensuite à mon interrogateur ce que je pense de toute cette affaire. Depuis deux jours qu’elle est connue, j’y ai réfléchi.

En septembre 2001, les pouvoirs publics faisaient tout pour imposer la thèse de l’accident et la responsabilité du groupe Total Fina Elf, propriétaire de l’usine, contre l’éventualité d’un attentat évoquée par la presse. Un journal avait même précisé que les terroristes, d’abord décidés à s’en prendre à l’usine AZF de Grand-Quevilly (Seine-Maritime), avaient changé d’objectif pour des raisons de sécurité. Les dégâts aux environs auraient été trop forts, compte tenu de la configuration des lieux et de la nature des produits que fabriquait l’usine. En revanche, faire sauter un entrepôt de restes d’engrais sur le site de l’ONIA (office industriel de l’azote) à Toulouse présentait moins de risques.

La description des événements par des témoins et un enregistrement fameux prouvent qu’il y a eu deux explosions : une faible, suivie de celle qui a dévasté la région. On a parlé de phénomène d’écho pour expliquer ces deux détonations. Mais l’écho est toujours postérieur au bruit initial, et jamais plus fort. Ce n’est pas une opinion, c’est de la physique.

En revanche, un tir au lance-roquettes RGP7 (comme ceux qui servent aux attaques de transports de fonds) aurait provoqué deux explosions. Dans l’ordre, la mise à feu de l’engin, plus faible, puis l’explosion de la cible, plus forte. Et cela expliquerait les témoignages évoquant un éclair traversant le ciel vers l’usine, au-dessus de la route express. La roquette de RPG7 traîne souvent après le départ une flamme résiduelle d’imbrûlés de poudre. Mais Chirac, atterrissant à Blagnac, avait averti : « Je ne veux pas entendre parler d’attentat. » Dès lors, les enquêteurs qui suivaient cette piste ont été muselés, les témoins discrédités, voire menacés, et les journalistes récalcitrants poursuivis.

Pour ma part, grâce à des contacts officieux avec les policiers de Toulouse, j’ai la conviction que l’usine a bien sauté du fait d’un attentat.

Reste à comprendre comment et pourquoi. On aurait pu établir comment du nitrate d’ammonium s’est transformé en explosif si l’enquête s’était intéressée aux 6 m3 d’huile de vidange achetés dans les garages agricoles de la région au cours du mois d’août 2001. Les cuves débordaient (en raison du manque de personnel... merci les 35 h) des huiles non récupérées par les spécialistes qui, d’ordinaire, les recyclent en huiles de synthèse. Les garagistes ont été contents de s’en débarrasser entre les mains d’amateurs venus offrir quelques sous en échange de ces produits encombrants.

Il est probable que l’incorporation de telles quantités d’huile dans les 300 tonnes de nitrate d’ammonium a produit une quantité d’explosif beaucoup plus grande que prévu, et une explosion qui a largement dépassé les intentions initiales des saboteurs, leur interdisant de revendiquer le désastre.

Mais pourquoi un tel acte ?

Il faut se souvenir de la catastrophe écologique du pétrolier « Erika », le 12 décembre 1999. A ce jour, ni le Fipol, ni Total Fina Elf n’ont indemnisé les victimes. Dans le livre « Erika, le naufrage de complaisance » (Ed. Carnot, 2001), Jean Malardé, président de la Confédération maritime, expose les dénis de justice auxquels il s’est heurté. Son livre, extrêmement documenté, a conduit à la mise en examen de Total Fina Elf. Il a aussi et surtout été lu par toutes les victimes de l’ « Erika ». Des victimes excédées de voir que les voies légales n’aboutissent à rien ont-elles voulu envoyer un avertissement à la puissance publique ?

Il est en tout cas intéressant de noter que, dans l’autre affaire AZF, l’actuelle, le chantage à la destruction des trains, les sommes exigées par un groupe auto-baptisé AZF correspondent grosso modo à ce qui n’a pas été payé comme indemnités aux victimes de l’ « Erika ».

On note aussi que le « groupe AZF » a dû recourir à des explosifs dits « de circonstance » en langage militaire ; alors que les terroristes « conventionnels » n’ont aucune difficulté à se procurer explosifs et moyens de mise de feu industriels (on a pu le voir à Madrid).

Selon toute vraisemblance, « AZF » n’a pas de contacts avec le terrorisme politique international. Cet atypisme rend très difficile l’identification du groupe.

Cela dit, dans l’ambiance de mensonge qui prévaut dans ce régime, surtout en période électorale, je pense que les pouvoirs publics en savent beaucoup plus qu’ils ne le disent sur les deux affaires AZF.

Il faut comprendre que si la thèse de l’accident est établie, c’est le groupe Total Fina Elf qui endossera le coût du désastre.

En revanche, si la thèse de l’attentat avait été retenue, l’indemnisation des victimes serait revenue aux pouvoirs publics et non à l’entreprise et ses assureurs.

En période de banqueroute, ce n’était pas acceptable par le Trésor. Il est donc vraisemblable qu’une sorte d’accord secret ait été passé entre ces deux puissances. Le pétrolier n’insistant pas sur la thèse de l’attentat, sans pour autant reconnaître sa responsabilité dans « l’accident ». La puissance publique faisant, en contrepartie, son affaire d’une évaluation « raisonnable » des indemnités dont la Justice infligerait le paiement au pétrolier.

Ce qui, d’ailleurs, ne change pas grand-chose pour le citoyen : par l’impôt ou par l’augmentation des primes d’assurances, c’est toujours lui qui paiera l’incurie des syndics de faillite de la « Société Hexagone ».

Pierre-Henri Bunel

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