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Procès AZF : on ne parlera pas d’attentat !

vendredi 20 novembre 2009


Le procès AZF, commencé en février et achevé fin juin de cette année, a rendu ce 19 novembre son verdict final. Relaxe complète - faute de preuves -des prévenus : le directeur de la société Grande Paroisse et le groupe Total. Le tribunal n’aura pas réussi, malgré un procès fleuve, à lever les nombreux doutes sur cette tragédie et ces quatre mois d’auditions auront mis à lourde épreuve la fierté des salariés de Grande Paroisse, la patience des familles des victimes ainsi que l’intelligence du public.
Triste bilan de cet échec programmé : la version privilégiée par l’instruction de l’accident chimique n’a pas été démontrée scientifiquement car les experts mandatés par le tribunal n’ont pas su exploiter l’ensemble des informations récoltées par l’instruction ainsi que les nombreux témoignages.

Revenons sur les faits. Le 21 septembre 2001, le jour même de la catastrophe, dès sa descente d’avion à l’aéroport de Toulouse Blagnac, le président Chirac lance cette phrase lourde de sens : « Je ne veux pas entendre parler d’attentat ! ». Nous sommes pourtant dix jours après le 11 Septembre et l’enquête n’a même pas débutée. Pourquoi une telle injonction ? Jacques Chirac, tout au long de sa carrière politique, a souvent été confronté au « terrorisme international » et en connaît très bien le dessous des cartes.

L’histoire du terrorisme en France mérite un retour en arrière afin de rappeler que les actes terroristes, perpétrés à cette échelle et avec ces moyens, sont plus souvent des règlements de contentieux financiers en rapport avec des contrats stratégiques tels que le nucléaire ou les ventes d’armement que le fait de groupuscules de fanatiques religieux. Le terrorisme est une guerre larvée, non déclarée, dont les citoyens font les frais comme dans toute guerre.

Les rebondissements récents et inattendus dans l’affaire de l’attentat de Karachi, qui a provoqué la mort de 11 ingénieurs français des arsenaux d’Etat de la DNC, ont invalidé la piste d’Al-Qaeda largement admise jusqu’à présent. C’est celle d’un attentat terroriste pour obliger le gouvernement français à honorer ses engagements sur le versement de commissions qui est maintenant envisagée sérieusement par le juge d’instruction.

Cette affaire en rappelle une autre plus ancienne : le contentieux Eurodif.

Un article du site Iran Resist [1] propose une vue chronologique pertinente qui met en perspective un contentieux entre la France et l’Iran qui a duré plus de dix ans et de nombreux assassinats et enlèvements ainsi que les attentats de Paris en 1986. Des centaines de français auraient payé de leur vie le blocage des négociations entre ces deux états.

Eurodif a débuté par une coopération en matière de nucléaire amorcée entre l’Iran du Chah et la France du général de Gaulle et abouti avec le président Giscard d’Estaing. La France vend alors des centrales nucléaires à l’Iran, lequel entre pour 1 milliard de dollars dans le capital d’Eurodif, consortium européen d’enrichissement de l’uranium, afin de s’assurer le combustible pour ses centrales. Le Chah ayant fuit la révolution islamique, le nouveau dirigeant, Khomeiny, rompt le contrat de fourniture des centrales nucléaires toujours non livrées par Framatom mais maintient l’actionnariat de l’Iran dans Eurodif. La France dénonce cet actionariat et les deux pays déposent des recours devant des tribunaux internationaux. En 1981, à la mise en service de l’usine Eurodif, les iraniens réclament l’uranium enrichi auquel ils ont contractuellement droit. Les Français refusent. Les échéances de remboursement du prêt d’un milliard de dollars sont placées sur un compte bloqué. Une suite d’attentats meurtriers à Paris en 1986 et l’assassinat (mis sur le compte d’Action Directe) de Georges Besse, fondateur d’Eurodif, débloqueront le règlement de deux versements de 330 millions de dollars par la France à l’Iran et le retour des otages français ainsi que la résolution du contentieux par un accord de livraison d’uranium enrichi à Téhéran. En 1991, l’Iran est pleinement rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif, avec les droits afférents.*

Mais revenons à l’attentat de Karachi.

Le contrat des sous-marins Agosta fut signé le 21 septembre 1994 (retenons bien cette date) entre la France et la Pakistan pour une somme de 950 millions de dollars. Selon le dossier d’instruction, la DCN pense depuis le début que cet attentat est lié au non paiement des commissions promises pour la vente des sous marins.

Pourquoi la DCN se porte-t-elle partie civile dès 2002 alors que pour AZF à Toulouse la SNPE se rétracte juste avant que le procès ne commence en février 2009 ?

La DCN affirme qu’elle « se trouvait directement visée par les faits de terrorisme ».
« C’est parce que DCN-International a conclu et mené à bien le contrat du 21 septembre 1994 que des personnels ont été pris pour cible. »

Rappelons que la DCN est sous la tutelle du ministère de la Défense tout comme la SNPE. Michel Debacq, du pôle antiterroriste de Paris, rencontra un officier américain responsable du service de sécurité diplomatique de l’ambassade des Etats-Unis. Celui-ci cherchait les meurtriers du journaliste du Wall Street Journal, Daniel Pearl, décapité en janvier 2002.

Que révèlent les nouveaux éléments que détient la justice dans cette affaire ?

Que selon les accords signés entre le Pakistan et la France pour le marché de la vente des sous-marins Agosta, des versements de commissions étaient prévus ainsi que des rétro commissions, c’est-à-dire le retour en France d’une partie de ses commissions. Ces versements auraient été bloqués par Jacques Chirac après son élection de 1995 car il craignait qu’une partie de cet argent puisse profiter au clan de son ancien rival, Edouard Balladur. « Cette piste est extrêmement crédible, » estime Me Olivier Morice, avocat de sept des familles de victimes « la piste Al-Qaïda était un leurre. »

Ecoutons ce qu’a déclaré Charles Million à l’occasion de ces révélations : « Ce qui est certain, c’est que peu après ma nomination au ministère de la Défense, en 1995, Jacques Chirac m’a demandé de passer en revue les différents contrats de ventes d’armes en cours et de stopper le versement des commissions pouvant donner lieu à des rétro-commissions. C’est ce qui a été effectué : chacun d’entre eux a fait l’objet d’une expertise particulière. » [2]

Alors quels rapports entre ces affaires - Eurodif et Agosta - et AZF ?

Depuis l’ouverture de l’enquête, les autorités ont semblé ignorer les avertissements d’une menace d’attentat à Toulouse. Pourtant, la CIA avait informé la France qu’un acte terroriste pouvait viser la ville. Et fin août 2001, le site voisin d’AZF, la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE) avait vu débarquer des agents de la Direction de la surveillance du territoire (DST) et des Renseignements généraux qui, informés par la CIA, étaient venus prévenir la direction de la SNPE d’un possible risque d’attentat à la bombe.
Les services allemands avaient prévenu également leurs homologues français de risques d’attentats à Paris le 22 septembre. De plus, selon nos sources, le 21 septembre au matin, la France a procédé à une arrestation de terroristes mais le black-out est total sur cet événement.

Malgré tous ces faits, la piste terroriste n’a jamais été sérieusement investiguée pendant toute l’enquête et jusqu’au procès même.

Un exemple : durant le procès le Président Le Monnier a lancé une commission rogatoire, à propos de l’arrestation de Valence d’Agen. Cette commission rogatoire est revenue en disant qu’un seul véhicule avait été arrêté (et non deux) par les gendarmes du peloton autoroutier. Pourtant le commandant de gendarmerie était venu témoigner auparavant à la barre pour dire que deux véhicules avaient été arrêtés. Pourquoi a-t-il parlé de deux véhicules ? La raison en est sans doute qu’il a bien eu connaissance que deux véhicules ont été arrêtés mais que le deuxième véhicule ne l’a pas été par les gendarmes mais par un autre service de police, quatre heures après la première interception réalisée par les gendarmes. Etrangement, le tribunal ne s’est pas risqué à demander des précisions sur cette deuxième arrestation, ce qui l’aurait inévitablement amené à la question qu’il ne fallait pas poser : que sont devenus les passagers de ce véhicule ? .
L’autre découverte durant ce procès, c’est que l’ordre d’intercepter le premier véhicule venait de la gendarmerie de Toulouse. Comment la gendarmerie de Toulouse a-t-elle pu surveiller le départ de ce véhicule, s’il n’était pas suspect ou bien repéré et identifié bien avant l’explosion d’AZF ?
Est-ce que l’échéance d’une dette pouvait intervenir le 21 septembre 2001 ? Le contrat des sous-marins avec la DCN fut signé le 21 septembre 1994, cette date est elle un indice ?

Nous ne le saurons jamais, à moins que certains se mettent à parler.

La rédaction Geopolintel

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