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Afghanistan : de la déroute à la débâcle

jeudi 2 septembre 2021

Taliban sans S : le pluriel de Taleb – idem Moudjahidine sans S, pluriel de Moudjahid

Le 15 août, avec la prise sans coup férir (au sens littéral) de Kaboul par les Taliban, la déroute de la Grande Amérique en Afghanistan sautait aux yeux de tous… même pour nos extra-lucides médias ! Le 26 août le double attentat de l’aéroport, transformait cette débandade en une sinistre débâcle. Une première explosion intervenait d’abord à la Porte de l’Abbaye - l’un des trois points de passage permettant d’accéder aux avions cargos de la dernière chance - puis une autre à l’hôtel Baron où se regroupaient, la peur au ventre dans la crainte d’une possible épuration, les candidats au départ vers le généreux occident. Généreux essentiellement pour semer la discorde au sein des nations, notamment au motif de corriger les rustres afghans (que dans les années 1920, Churchill traitait déjà à l’ypérite quand il faisait en bombarder au gaz moutarde les « tribus non civilisées » des zones tribales du Pakistan… et les Kurdes d’Irak), et de libérer les femmes asservies à leurs maris et frères depuis la nuit des temps suivant l’idée reçue d’usage dans la Woke Kultur… Bilan de la tuerie 85 † dont 13 Américains, deux britanniques, 18 Taliban et 160 blessés ! Attentats suicides aussitôt revendiqués par l’État islamique (Daech), ce qui augure bien de l’avenir : gageons que le chaos n’est pas encore arrivé à son terme, qu’il ne fait que commencer parce que les forces obscures de la mondialisation heureuse ne sont pas disposées, mais pas du tout, à lâcher leur proie. On a vu ce qui se passe en Irak converti à la démocratie libérale-parlementaire depuis 2003. Cela porte un nom : Ordo ab Chao !

Le président Biden a néanmoins tenté de maintenir le cap via de soporifiques palinodies lues sur de très secourables prompteurs : l’Amérique n’a pas failli, elle n’a pas pris de raclée (pas mêmesymbolique) de la part de gueux des montagnes, des va-nu-pieds armés de pétoires rustiques1 et de bazookas bricolés, elle a rempli sa mission ! Triste aveu dans la bouche d’un président semi sénile… Car dans son intervention du 16 août à la Maison Blanche, M. Biden fit une déclaration vraiment inouïe : « Notre mission en Afghanistan n’a jamais eu pour but la construction d’une nation [contredisant ainsi magistralement les somptueuses tirades humanitariennes appelées à couvrir les cruautés d’une guerre du fort au faible c’est-à-dire formidablement asymétrique], elle n’a jamais eu comme projet la création d’une démocratie unifiée et centralisée… Notre unique intérêt national vital en Afghanistan reste aujourd’hui ce qu’il a toujours été : prévenir une attaque terroriste contre la patrie américaine ».

Même le gauchard Washington Post renâcle en commentant : « Les présidents des États-Unis et les dirigeants militaires ont [donc] délibérément fourvoyé le public sur la plus longue guerre américaine, celle conduite en Afghanistan pendant deux décennies » ! Oui da, parce que la rhétorique du “Nation Building” et l’exportation du modèle démocratique libéral américain a servi de prétexte grandiose ces soixante-dix dernières années à presque toutes les guerres d’agression et de conquête que livrèrent sans vergogne les États-Unis sous couvert de lutte contre le totalitarisme marxiste-léniniste ou d’infâmes dictatures façon Saddam Hussein, Milosevic, Bachar el-Assad, Mouammar Kadhafi, etc.

La gueule de bois

Au reste l’Amérique se réveille à l’occasion de la chute de Kaboul avec la gueule de bois. Tout Ça pour ça ! Vingt-mille morts américains y compris les opérateurs privés, des mercenaires (contractors), deux mille français… au demeurant les chiffres sont manipulables à l’infini et ne sont plus aujourd’hui utilisables qu’à titre indicatif, pour un coût total de 2.261 milliards de dollars (1926 milliards d’euros) selon un rapport du Watson Institute de l’Université de Brown2.

Vingt ans d’occupation pour rien, des montagnes de dollars dilapidées en pure perte et surtout d’innombrables vies humaines, des monceaux de cadavres et de misères, entassant ruines sur ruines… En vérité au cours non de vingt, mais de quatre décades de guerre. Rappelons que l’Amérique Démocrate participe à ce champ d’horreurs depuis 19793, avant même l’arrivée de Soviétiques venus au secours d’un gouvernement communiste alors chancelant, ceci par le truchement des Services pakistanais et de leur bras armé, les deux (ou trois) milliers d’hommes de la Légion arabe - autrement nommée Al-Qaïda - dirigée pour le compte des États-Unis par Oussama Ben Laden… Accessoirement gendre de Mollah Omar, Commandeur des croyants (Émir) depuis avril 1996.

Ces mêmes islamistes wahhabites4 sont aujourd’hui en guerre contre les Taliban, les attentats du 15 août en sont une illustration… Aux dires de témoins crédibles, les wahhabites détenus dans les prisons gouvernementales furent aussitôt abattus par les Taliban dès leur arrivée. Un distinguo essentiel pour comprendre le pot au noir afghan. En un mot les Taliban avec lesquels l’Administration Trump a conclu à Doha (Qattar) un accord de retrait le 29 février 2020, ne sont in fine que des souverainistes un peu rugueux, des islamo-nationalistes pachtounes qui entendent seulement être maîtres chez (et le cas échéant avoir aussi leur place dans le concert des nations), à ne pas confondre avec les féroces et fanatiques internationalistes du djihad !

Islam communisme du XXIe siècle

Le sociologue Jules Monnerot (in Sociologie du communisme - 1979) avait bien vu que « le communisme est l’islam du XXe siècle »… et vice versa au XXIe. Là encore la propagande judéo-protestante (et tous leurs clones à sa remorque), travaille au corps et au pathos les opinions publiques pour leur faire accepter (voire désirer) la guerre. Cette machine à décerveler les peuples n’est évidemment guère avare de falsifications et de mensonges… Pourtant, contrairement à ce que les médias passaient en boucle en 2001, les Taliban, aussi arriérés aient-ils été, ne passaient pas le plus clair de leur temps à lapider des femmes adultères ou des homosexuels. Certes les punitions cruelles existaient (pour les voleurs récidivistes et les tueurs), mais elles étaient l’exception et non la règle5. À présent, grâce à des tueries spectaculaires comme celles de l’aéroport de Kaboul, l’’information finit vaille que vaille – parfois - par se frayer un chemin en filtrant à travers les épaisses couches d’ignorance crasse, d’incompétence et de mauvaise foi de la presse ordinaire.

Bref l’Afghanistan est devenu une terre de désolation pour des raisons tristement messianiques (la Jérusalem terrestre de la gouvernance mondiale) et trivialement mensongères… Puisque maintenant, avec un cynisme presque naïf, le communicant en chef de la Maison-Blanche dit benoîtement qu’il n’a jamais été question d’autre chose que de châtier les hébergeurs (le régime Taleb) des terroristes supposés du 11 Septembre et de venger l’honneur bafoué des États-Unis ! Les grands et nobles autres mobiles naguère invoqués, se dissolvent au bout du compte dans l’acide de la vérité… Celle des faits qui sont têtus (constat empirique de Lénine) ! Toutefois il s’agit là d’un bien piètre camouflage de la honteuse défaite américaine (au regard du coût humain et matériel), une mission accomplie parodiant l’indécente pantomime de George Walker Bush sur le pont du porte-avions Abraham Lincoln, le 1er mai 2003, criant victoire après l’écrasement du régime baasiste de Bagdad sous une pluie de missiles… Succès qui s’est soldé par la fulgurante montée en puissance de Daech dont les ravages s’étendent désormais du Golfe de Guinée aux portes de l’aéroport de Kaboul…

Quoique ! Mais c’est une autre histoire. Les États-Unis jouent avec le feu et produisent à la chaîne des Golem incontrôlés sinon incontrôlables : Ben Laden fut le premier de la série, Omar al-Baghdadi, khalife de l’État islamique et instrument des Alliés dans leur guerre contre Damas, fut l’un des suivants… Rappelons que les Frères musulmans – tendance réformiste, social-démocrate en quelque sorte, de l’islam révolutionnaire - ont vu le jour en 1928 avec l’aimable concours du Foreign Office qui deux ans auparavant installait le roi Ibn Séoud sur le trône restauré d’Arabie, un monarque très excellemment progressiste !

Biden a été quant à lui plus économe de moyens que George Walker Bush, il ne plastronne pas outre mesure, bornant son rôle à celui d’un blafard porte-parole du Département d’État et du Pentagone, chargé de maquiller une plate défaite en sortie victorieuse : « Faire sortir 30.000 personnes en un peu plus d’une semaine est un grand succès pour nos forces armées » déclarait-il le 23 août, toute honte bue, depuis la Maison-Blanche. Qui peut le plus, peut le moins n’est-ce pas ?

Le mythe de la démocratie américaine en détramage accéléré

Apparemment, pour ce que nous pouvons en apercevoir vu d’ici, en France (et parce que la presse n’est plus là depuis un bail pour nous informer mais bel et bien pour nous désinformer dans les grandes largeurs), le mythe de la démocratie libérale américaine s’effiloche à toute vitesse : les Américains, consternés, constatent - ce dont ils se doutaient toujours davantage au fil des mois - que le système ne fonctionne plus, qu’On lui a menti atrocement à propos de l’Afghanistan, que leurs fils ne se sont fait tuer et mutiler que pour revenir au stupide point de départ de 2001 quand les Taliban mendiaient un semblant de dialogue et de reconnaissance internationale6. Un mouvement de réprobation de l’Amérique réelle, de moins en moins souterrain et ce, surtout à partir de l’élection truquée de Biden restée en travers de la gorge de l’Amérique patriotique, chrétienne, blanche, mais pas seulement.

Parce qu’une majorité d’Américains sont convaincus que l’élection de novembre 2020 leur a été volée, les fraudes sont révélées une à une après recomptages (mais le Congrès ayant validé le 6 janvier les résultats frauduleux, revenir en arrière semble maintenant illusoire) ; moult états de se refusent pour leur part à marcher dans la combine pandémique et la vaccination obligatoire… silence radio, black out intégral dans nos médias qui devront néanmoins tôt ou tard – espérons-le - rendre des comptes. Bref, l’abcès purulent du mensonge de la démocratie universelle dont l’Amérique serait le parangon, commence à crever. Or jusqu’où ira le détramage ? Où s’arrêteront les révisions historiques déchirantes (l’Homme est-il allé sur la Lune ? Rien n’est moins sûr !), tout est par conséquent à craindre pour les héritiers de ceux qui ont cru au pouvoir sans limites du mensonge… Une monstruosité moderne que pourrait éventuellement faire éclater l’épisode covidesque qui aura servi à mettre à nu les grotesques prétentions de nos démocraties à être ce qu’elles ne sont pas, des régimes de paix, d’équité, de liberté et de vérité !

Ne pas oublier enfin que le prétexte à envahir et dévaster l’Afghanistan (puisqu’il n’a jamais été question nous dit maintenant M. Biden d’y instaurer la démocratie malgré les fleuves de dollars qui y ont été déversés7) aura été la démolition (contrôlée) des Tours jumelles de Manhattan. Or qui peut encore croire qu’une conspiration ourdie dans les bunkers souterrains de Tora Bora (dans la province afghane de Nangarha… la presse diffusait à l’époque et à l’envi des plans dignes de Ian Fleming de la « forteresse » d’Oussama Ben Laden, en réalité des trous dans les flancs rocheux de montagnes escarpées agrandis au marteau-piqueur), une fable parmi tant d’autres. Les initiés et les esprits curieux conviennent que l’opération du 9 Septembre a été vraisemblablement le fruit d’une coopération interétatique entre Services spéciaux… Pakistan, Arabie et, pourquoi pas, possiblement, Israël, une joint-venture peut-être également supervisée par l’État profond nord-américain ? Toujours voir à qui profite le crime. De nombreux éléments existent qui confortent cette hypothèse évidemment jamais ou peu divulguée et encore moins évoquée aux heures de grande audience.

LC 28 août 2021

1 Les AK47 home made c’était à l’aube des années 2000 et nous n’ignorons évidemment pas le rôle joué par les missiles antiaériens portables Stinger, si meurtriers pour les hélicoptères de combat russes. Armes dévastatrices qu’avait livrées la CIA aux Moudjahidine [sans s c’est un pluriel] et qui contribuèrent largement à faire de l’Hindou Koush le cimetière de l’Empire soviétique.

2 « The Costs of War Project ». L’étude indique en outre que la guerre aurait causé la mort de 241.000 personnes dont quelque 71.000 civils, 2442 soldats américains, 1144 soldats des forces alliées, environ 78.000 membres de l’armée et de la police afghanes, et plus de 84.000 insurgés. Nous ignorons sur quelles bases ces chiffres ont été établis. Ils semblent cependant, malgré leur caution scientifique, quelque peu approximatifs et même fantaisistes.

3 Zbigniew Brzeziński, in 1976 devient l’éminence grise du président Démocrate Jimmy Carter. À ce titre il lance en juillet 1979 l’Opération Cyclone de soutien aux Moudjahidine afghans. Dans une note destinée au président Carter il précise que cette aide devrait déterminer l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique, ce qui arriva effectivement au mois de décembre suivant. En janvier 1998, il se vantera [cf. Le Nouvel Observateur n°1732] d’avoir « sciemment augmenté la probabilité » d’une intervention soviétique. Autrement dit, ce grand machiavélien était parvenu à « pousser » les Russes dans le Piège afghan.

4 Lire « Les Égarés – Le wahhabisme est-il un contre islam » Jean-Michel Vernochet - Sigest 2013.

5 Voir « Afghanistan mon amour » J-M Vernochet et Éric Ellena – Yade films 2001

6 Ce que le G7 (sans la Russie évidemment pourtant protagoniste en Asie centrale) qui vient de se tenir en vidéoconférence leur offre implicitement presque sur un plateau… Dans un communiqué commun daté du 24 août, les membres du G7 quémandent de la part des Taliban « d’œuvrer de bonne foi à l’installation d’une gouvernement inclusif et représentatif avec une participation significative de femmes et de groupes minoritaires ». Difficile de faire plus niais, l’impuissance intellectuelle et morale paraît avoir définitivement pris le pouvoir…

7 Les ÉU auront dépensé en pure pertes 90 milliards de dollars pour former et armer 300.000 soldats gouvernementaux lesquels se sont immédiatement débandés devant l’avancée des Taliban. 55 milliards ont été dévolus à la « reconstruction » qui se sont en grande partie volatilisé par l’effet de la corruption systémique de la classe politique compradore. Quelque 10 milliards de dollars investis en opérations anti-drogue avec pour résultat la multiplication par quatre de la surface cultivée de pavots, tant et si bien que l’Afghanistan fournit aujourd’hui 80% de l’héroïne produite dans le monde.

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