Ce chiffre provenait d’un rapport de l’Inspecteur général du Département de la Défense datant de février 2000, soit plus d’un an avant le 11 septembre.
Les auditeurs du rapport avaient examiné les écritures comptables du DoD pour l’exercice 1999 et constaté qu’environ 2 300 milliards de dollars d’écritures comptables ne disposaient pas de pistes d’audit ou de justificatifs suffisants permettant d’en vérifier la validité.
Rumsfeld a volontairement utilisé ce chiffre pour montrer à quel point les systèmes administratifs et informatiques du Pentagone étaient archaïques. Il expliquait que les systèmes financiers dataient de plusieurs décennies et que différents systèmes informatiques ne communiquaient pas correctement entre eux.
Ces 2 300 milliards de dollars qui ont disparu était déjà publiquement documenté avant son discours. Des responsables du Pentagone avaient notamment témoigné devant le Congrès en mai et juillet 2000 à propos de ces problèmes comptables.
Le rapport du 25 février 2000, portant sur l’exercice budgétaire 1999, indique que les auditeurs ont identifié 6 900 milliards de dollars d’écritures comptables utilisées pour préparer les états financiers du DoD :
– 2 600 milliards en écritures suffisamment étayées
– 2 300 milliards en écritures non étayées par des pistes d’audit adéquates ou par suffisamment d’éléments permettant d’en déterminer la validité 2 000 milliards en écritures que les auditeurs n’avaient pas examinées, notamment faute de temps.
Qui avait intérêt à effacer les écritures comptables ?
Le Pentagone n’a jamais pu justifier son budget devant le congrès et Rumsfeld faisait parti des néoconservayeurs qui voulaient reconstruire les forces armées des Etats Unis et lancer la guerre perpétuelle au Moyen Orient.
Le rapport de l’Inspection Générale expliquait que les états financiers du DoD étaient tellement déficients que les auditeurs n’ont pas pu donner une opinion d’audit sur leur fiabilité.
Le DOD, parlait d’écritures comptables et d’ajustements effectués pour compiler les états financiers. Un témoignage de l’Inspecteur général expliquait que les audits avaient identifié environ 7 600 milliards $ d’écritures comptables au total et que 2 300 milliards $ d’entre elles étaient insuffisamment documentées.
Le gouvernement américain avait un ministère dont les systèmes financiers étaient tellement mauvais qu’il était incapable de produire des comptes auditables de manière fiable. Le rapport officiel parle notamment de déficiences importantes dans les contrôles internes et les systèmes comptables.
Cette méthode est à mettre en perspective avec ce qui s’est passé lorsque le Doge a analysé les financements de l’USAID et mis en lumière des financements occultes avec le terrorisme et la politique LGBT.
Le DoD était inscrit sur la liste des administrations américaines présentant des risques financiers élevés depuis 1995 date à laquelle le Projet Pour Un Nouveau Siècle Américain a vu le jour avec sa lettre adressée au président Clinton pour lui intimer de reconstruire la défense américaine.
Le problème n’a pas disparu après 2001
À partir de 2018, le Pentagone a commencé à subir son premier audit financier complet à l’échelle du département sous l’administration Trump. Et les résultats ont été très mauvais : chaque année de 2018 à 2024, les auditeurs n’ont pas été en mesure de donner une opinion favorable sur les comptes consolidés du DoD.
Pour l’exercice 2024, le Pentagone déclarait environ 4 100 milliards de dollars d’actifs. Pourtant, les auditeurs ont encore dû émettre un disclaimer of opinion : ils n’avaient pas suffisamment d’éléments probants pour déterminer si les comptes étaient correctement présentés.
Si l’on revient en 2001, les 2 300 milliards de dollars comprenait une écriture de 800 milliards $ effectuée par le centre comptable DFAS de Cleveland, qui avaient laissé de côté les principes comptables applicables.
La comptabilté du DOD en 2008, a découvert un problème spectaculaire avec 102 ajustements totalisant 1 100 milliards de dollars qui avaient été effectués sur les données financières de l’armée sans avoir été correctement examinés et approuvés.
En n 2017, le GAO a trouvé plus de 121 000 écritures comptables non étayées, représentant 455 milliards de dollars, dans l’un des systèmes comptables de l’armée.
La bureaucratie ennemi de l’armée
Le discours de Rumsfeld n’a jamais concerné les fameux 2 300 milliards. Il a prononçé un discours intitulé « Bureaucracy to Battlefield », consacré à la modernisation du Pentagone et à la réduction de la bureaucratie. Il a cité les 2 300 milliards comme un exemple de l’inefficacité des systèmes informatiques et financiers dont il a surement été l’un des bénéficiaires.
D’après les services de l’administration des Etats Unis, les problèmes financiers du DoD étaient déjà officiellement documentés et surtout avant le 11 septembre. Le GAO avait publié, le 8 mai 2001, un rapport décrivant les faiblesses financières comme anciennes, graves et suffisamment importantes pour empêcher le département de produire des informations financières fiables.
Le 15 août 2001, moins d’un mois avant les attentats, le GAO publiait un rapport expliquant que le DoD avait environ 1 000 milliards de dollars d’actifs, 310 milliards de dollars d’autorisation budgétaire annuelle et environ 24 milliards de dollars de décaissements mensuels, tout en soulignant ses énormes difficultés à équilibrer ses comptes.
L’attentat du Pentagone et les services du DCSPER
Le vol American Airlines 77 qui a frappé la façade ouest du Pentagone, a touché le Army Deputy Chief of Staff for Personnel (DCSPER). C’était l’état-major chargé de la gestion du personnel de l’armée. Le lieutenant-général Timothy Maude et son équipe se trouvaient au deuxième étage dans cette zone.
Le Army Deputy Chief of Staff for Personnel était l’organisation responsable de la politique et de la gestion des ressources humaines de l’armée américaine. Ce service venait tout juste de s’installer dans cette partie rénovée du Pentagone qui a été frappé.
Le service comptable de Cleveland
Le DFAS signifie Defense Finance and Accounting Service. Cette agence a été créée par le secrétaire à la Défense en 1991, pour centraliser et standardiser les fonctions financières et comptables du Pentagone. Le DFAS était une organisation chargée de payer, comptabiliser et consolider les opérations financières du Département de la Défense.
L’Inspecteur général explique devant le Senat qu’une partie des écritures du DFAS Cleveland concernait la manière dont le DoD consolidait les données financières de la Navy et du Marine Corps.
Pourtant l’administration américaine avait déjà signalé des problèmes sérieux concernant le DFAS de Cleveland.
Son système de paiement des militaires retraités gérait environ 1,8 million de retraités et distribuait environ 22,8 milliards de dollars du Military Retirement Fund en 1998. Un audit avait identifié des faiblesses dans les contrôles permettant de garantir l’exactitude des données. Les auditeurs précisaient toutefois qu’ils n’avaient détecté aucun cas de fraude ou d’activité non autorisée.
Ce qui ressort des annalyses de l’administration américaine (GAO), les 2 300 milliards ne correspondaient pas à de l’argent manquant du DFAS de Cleveland. Cette somme correspond à des d’écritures comptables du Département de la Défense. Cela n’enlève en rien à la responsabilité du DFAS de Cleveland qui a joué un rôle important ces écritures avec un énorme ajustement de 800 milliards de dollars concernant l’année 2000.
Le site Missing Money, raconte qu’n rapport de l’Inspecteur général consacré aux journal vouchers de la Navy indique que le DFAS de Cleveland avait enregistré en 1999, 9 348 écritures représentant environ 1 500 milliards de dollars dans des comptes généraux invalides. Missing Money précise que les « invalid general ledger accounts » étaient des comptes non standard créés pour permettre aux écritures de s’équilibrer dans le grand livre, mais qui n’étaient pas utilisés comme comptes normaux dans les rapports financiers.
L’Appropriation 1108
Une appropriation est une autorisation budgétaire donnée par le Congrès pour qu’une agence dépense des fonds. Le numéro 1108 est une référence comptable à un compte budgétaire précis et non un compte bancaire secret. Si cette somme est détournée, le DFAS de Cleveland utilisait des « invalid general ledger accounts » c’est à dire des comptes du grand livre qui n’étaient pas des comptes standards, pour éqquilibrer les écritures comptables.
Voilà en quoi consistait l’arnaque et le vol de l’argent du Pentagone.
Le système comptable du DoD était capable de générer des écritures gigantesques sans possibilité de vérifier leur origine.
L’administration US (GAP) a découvert 615 millions de dollars d’ajustements irréguliers sur des comptes d’appropriation clôturés. Des paiements avaient été déplacés comptablement vers de vieux comptes afin de libérer des crédits sur des comptes actuels ou expirés. Le DoD a ensuite dû annuler ces ajustements.
C’est ainsi que l’on peut penser que Rumfsfeld déplorait de devoir cacher ces sommes et les rendre légales avec un conflit armée pour lancer la reconstruction militaire américaine. C’était l’adn des néoconservateurs et la dotation du Pentagone a permis de financer 1000 millards de dollars sous l’administration Obama Biden.
Après la fin de la guerre froide, les dépenses d’armement du Pentagone ont fortement diminué. Les dépenses consacrées à l’achat d’avions, de navires, de chars et de munitions avaient chuté d’environ 70 % depuis 1985.
En 1998, l’administration Clinton a commencé à inverser cette tendance : son projet de budget pour 1999 proposait 48,7 milliards de dollars pour les nouveaux équipements, soit environ 9 % de plus que l’année précédente. Le Congrès avait déjà l’habitude d’ajouter des milliards aux demandes de l’administration pour financer certains programmes d’armement.
Le Washington Post écrivait en août 1998 que 4 milliards de dollars de projets que l’armée elle-même n’avait pas demandés avaient été ajoutés par des membres du Congrès pour financer des projets dans leurs circonscriptions. Ces programmes bénéficiaient directement à des entreprises de défense.













