Le Taiwan Relations Act est la loi américaine qui permet aux États-Unis de rester très fortement engagés aux côtés de Taïwan en lui fournissant des armes, tout en ne reconnaissant pas officiellement Taïwan comme un État indépendant et sans promettre automatiquement une intervention militaire américaine en cas d’invasion.
C’est cette ambiguïté qui est au cœur de la relation Washington Pékin Taipei depuis 1979.
En même temps, le 11 février 1979, la monarchie iranienne s’effondre et la révolution iranienne aboutit à la prise du pouvoir par les révolutionnaires. Le 4 novembre 1979, des militants iraniens prennent l’ambassade américaine à Téhéran et retiennent les diplomates américains en otages pendant 444 jours. BBureau de l’historien
Le 24 décembre 1979, l’URSS envahit l’Afghanistan. Carter doit alors repenser toute la stratégie américaine dans le Golfe et face à Moscou. BBureau de l’historien
Taïwan et l’Iran ne sont pas deux opérations d’un même plan. En revanche, ils appartiennent à un même problème stratégique beaucoup plus vaste à savoir comment les États-Unis maintiennent-ils leur influence mondiale alors que l’Union soviétique est leur principal adversaire ?
Le personnage qui permet de comprendre le lien s’appelle Zbigniew Brzezinski
Zbigniew Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale de Carter, accordait une importance considérable à l’équilibre géopolitique avec l’URSS.
La Chine était intéressante pour Washington parce qu’elle constituait également un contrepoids à Moscou. Les documents diplomatiques américains indiquent clairement que l’hostilité commune envers l’Union soviétique était l’un des moteurs du rapprochement sino-américain. BBureau de l’historien
Taïwan entre dans une logique plus large
Washington met en place un rapprochement avec Pékin avec un affaiblissement relatif de Moscou mais cela nécessite de ne pas abandonner complètement Taïwan.
Le Taiwan Relations Act est en quelque sorte le compromis américain permettant de faire les deux à la fois.
Quand à l’Iran, ce pays était extrêmement important dans cette stratégie mondiale, mais pour une raison différente. Avant 1979, l’Iran du Shah était un pilier de la présence américaine au Moyen-Orient et dans le Golfe. La révolution a brutalement supprimé cet allié. Puis, avec la prise des otages et l’invasion soviétique de l’Afghanistan, Washington s’est retrouvé confronté à une situation beaucoup plus dangereuse autour du Golfe. Les documents américains montrent qu’à partir de novembre 1979 l’administration Carter a commencé à élaborer une nouvelle politique de sécurité pour le Golfe. (source BBureau de l’historien)
Et c’est dans ce contexte que Carter prononce, en janvier 1980, ce qui deviendra la Doctrine Carter Doctrine avec afin de dissuader toute puissance extérieure de prendre le contrôle du Golfe.
Mais Carter n’avait pas prévu la révolution iranienne et Taïwan dans une seule stratégie. Les documents disponibles montrent plutôt une administration qui poursuivait plusieurs objectifs stratégiques avec un rapprochement avec la Chine, la gestion de Taïwan, et la politique envers l’Iran dans la confrontation avec l’URSS. carter a dû adapter sa stratégie très rapidement aux événements de 1979.
1979 est probablement l’une des années charnières de la géopolitique contemporaine, parce qu’en quelques mois les États-Unis passent d’une politique de détente et de rapprochement avec la Chine à une situation où l’Iran, l’Afghanistan, l’URSS et la question de Taïwan se retrouvent tous liés à la réflexion stratégique américaine.
En 1977, Jimmy Carter nomme Zbigniew Brzezinski conseiller à la sécurité nationale qui représente l’un des postes les plus importants de la politique étrangère américaine.
Brzezinski était méfiant envers l’URSS. Il considérait la rivalité avec Moscou comme le problème géopolitique central. Il a fortement soutenu e rapprochement avec la Chine en’établissant des relations diplomatiques entre Washington et Pékin en 1979.
Sa vision géopolitique s’exprimait en termes d’équilibre entre les grandes puissances, États-Unis, URSS, Chine, Europe, Moyen-Orient.
Il avait d’ailleurs une vision assez différente de celle du secrétaire d’État de Carter, Cyrus Vance. Vance était généralement plus favorable à la diplomatie et à la négociation, tandis que Brzezinski avait une approche plus axée sur la compétition géopolitique avec Moscou.
Dans son livre The Grand Chessboard (Le Grand Échiquier), publié en 1997, il expliquera d’ailleurs cette vision beaucoup plus clairement après avoir quitté le gouvernement.
On ne peut pas lui attribuer la responsabilité de tout ce qui s’est passé en 1979, la révolution iranienne n’a pas été une opération conçue par Brzezinski, et son administration a souvent été en désaccord.
Le véritable enjeu de Brzezinski était l’Eurasie
Pour lui, le continent essentiel était l’Eurasie, Europe, Moyen-Orient, Russie, Asie centrale, Chine.
Pour Brzezinski, la puissance principalementétait l’URSS.
Les États-Unis avaient fait de Taïwan un allié, tandis que Pékin exigeait que Washington reconnaisse le principe d’une seule Chine.
Washington a conçu une stratégie assez sophistiqué en reconnaissant Pékin diplomatiquement tout en conservant une relation importante avec Taïwan.
C’est précisément là que le Taiwan Relations Act devient essentiel. Puis arrive la révolution iranienne bousculant les plans de Washington. L’Iran du Shah était un partenaire majeur des États-Unis. Quelques mois plus tard l’invasion de l’Afghanistan a tout changé.
Brzezinski voit un problème géopolitique majeur. L’URSS est désormais directement présente en Afghanistan, juste à côté de l’Iran et du Pakistan. En janvier 1980, Carter déclare que les États-Unis considéreront toute tentative d’une puissance extérieure de prendre le contrôle du Golfe comme une menace à leurs intérêts vitaux.
Ce changement important force les États-Unis à considérer la sécurité du Golfe comme une question stratégique majeure nécessitant éventuellement la puissance militaire américaine. C’est dans ce contexte que se développera ensuite la présence militaire américaine dans la région.
Dans son livre Le Grand Échiquier, Brzezinski clame que la puissance dominante du monde doit empêcher l’apparition d’une puissance capable de dominer l’Eurasie.
Il identifie plusieurs zones avec l’Europe, le Moyen-Orient l’Asie centrale, la Russie et la Chine que nous pouvons utiliser pour comprendre la politique américaine actuelle. Le 21 décembre 1979, il envisage avec Carter des options militaires qui pourraient contribuer à provoquer la chute du gouvernement de Khomeini, parallèlement à des actions politiques clandestines.
À la fin de 1979, deux événements se combinent avec la révolution iranienne et l’affaiblissement de la position américaine dans le Golfe avec la prise d’otages. L’invasion soviétique de l’Afghanistan constituait une progression de l’influence soviétique vers le Golfe
Le Département d’État américain a expliqué que ces deux événements ont conduit l’administration Carter à élaborer un nouveau cadre de sécurité pour le Golfe. Brzezinski était l’un des principaux défenseurs d’une capacité militaire américaine plus importante dans la région.
Toute cette stratégie est actuellement en train de s’effondrer, confirmant le déclin de l’Empire américain.













