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L’Europe construit son bouclier antimissile d’origine américaine

mercredi 1er juin 2016

L’Otan a inauguré en Roumanie un premier site de missiles antimissiles. La Pologne lance les travaux d’un deuxième site. Moscou accuse l’Occident de créer un déséquilibre stratégique.

L’Europe est-elle militairement un peu moins vulnérable ?

L’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) a inauguré jeudi en Roumanie un site stratégique qui devrait prévenir à long terme les menaces d’attaques de missiles balistiques provenant de régions « externes à l’espace Euro-Atlantique ». C’est dans ces termes vagues que le secrétaire général de l’organisation, le Norvégien Jens Stoltenberg, a justifié cette étape qualifiée d’historique de la mise en place d’un bouclier antimissile européen. Moscou a immédiatement dénoncé un nouvel acte hostile qui appelle une riposte.

De quoi parle-t-on au juste ?

Au sommet de Lisbonne, en 2010, l’Otan a décidé d’aller de l’avant avec un système de défense antimissile entièrement fondé sur une technologie militaire américaine. Le projet, ancien, semblait avoir été abandonné un an plus tôt par Barack Obama, fraîchement élu. Mais il renaissait aussitôt sous une forme revue à la baisse avec une main tendue à la Russie pour s’y associer. Un jeu de dupe, selon Moscou qui voit depuis toujours dans cette initiative une volonté d’affaiblir ses propres capacités de défense.

Centre de commandement en Allemagne

A Deveselu, dans la campagne roumaine proche de la frontière bulgare, l’Otan a présenté un bâtiment de commandement pour une batterie de missiles intercepteurs de type SM-2, un site dont le coût s’élève à 800 millions de dollars. Ce vendredi, ce sera le chantier d’un second site situé en Pologne, proche de la mer Baltique, qui sera lancé. Celui-là sera équipé de missiles un peu plus puissants de type SM-3. Les travaux seront terminés d’ici 2018. « Ces missiles sont purement défensifs, a expliqué Jens Stoltenberg. Les projectiles que nous utilisons pour détruire les missiles ne contiennent pas d’explosif. Ils sont uniquement destinés à abattre leur cible. Ce système ne représente aucune menace envers la capacité russe de dissuasion nucléaire. »

Ce système connu sous le nom Aegis, hormis les bases roumaines et polonaises, est complété par des radars postés en Turquie et au Royaume-Uni ainsi que par quatre navires de guerre américains équipés de missiles antimissile dont le port d’attache se trouve en Espagne. Les Pays-Bas et le Danemark développent de leur côté des frégates équipées de radars reliés à ce dispositif. Son centre de commandement, enfin, se trouve en Allemagne.

Dirigé contre la Russie

La justification de ce bouclier antimissile varie selon les acteurs. Pour Jens Stoltenberg, c’est avant tout une façon de souder le lien transatlantique d’une défense commune qui doit permettre de lutter contre la prolifération de missiles balistiques. Il refuse de nommer l’origine de la menace. Du côté américain, on a longtemps justifié le développement de ce système en Europe et en Asie de l’Est comme étant une réponse aux programmes nucléaires iraniens et nord-coréens. Mais Moscou et Pékin estiment qu’ils sont la véritable cible de ce projet. En Europe de l’est, particulièrement en Pologne et dans les Etats baltes, on éprouve moins de réticence à présenter ce dispositif comme une réponse directe et nécessaire à l’agressivité russe le long des frontières européennes.

Côté russe, il n’y a plus aucun doute aujourd’hui : « Tout cela est à 100, 200, 1000% dirigé contre nous. Ce n’est pas l’Iran mais la Russie et ses capacités de dissuasion nucléaire » qui sont visées, juge le président de la commission de Défense du Parlement russe, Vladimir Komoïedov, cité par l’AFP. Il ajoute : « Nous sommes capables de surpasser ce système antimissile. Nous allons renforcer nos capacités défensives, notamment dans la région de l’Arctique en y déployant nos systèmes de détection et d’interception ».

Poursuivre le dialogue

Depuis l’accord sur le nucléaire iranien, en juillet 2015, l’explication d’une menace venue de Téhéran est moins crédible. L’Otan se défend toutefois d’avancer masqué. « Nous sommes parfaitement transparents sur ce système antimissile, répète Jens Stoltenberg. Nous avons expliqué à maintes reprises que nos missiles intercepteurs sont trop peu nombreux et trop proches de la Russie pour que ce système puisse abattre des missiles balistiques intercontinentaux russes. Nous allons poursuivre notre dialogue avec la Russie. »

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