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Traité d’Aix la Chapelle : cession du siège au conseil de sécurité à l’Allemagne

samedi 19 janvier 2019

L’Allemagne propose que la France cède son siège permanent à l’Union européenne. C’est Olaf Scholz, vice-chancelier et ministre des Finances d’Angela Merkel,qui a proposé de mutualiser le siège de la France au Conseil de sécurité.
« Si nous prenons l’Union européenne au sérieux, l’UE devrait également parler d’une seule voix au sein du Conseil de sécurité des Nations unies […] À moyen terme, le siège de la France pourrait être transformé en siège de l’UE »
Si l’Allemagne veut profiter du siège français au conseil de sécurité elle n’est pas du tout ravie de partager son « trésor » avec la France. Cela implique que l’Allemagne puisse accéder à la force nucléaire et avoir une pression supérieure sur la Russie.
La vocation européenne est de transférer le pouvoir économique et stratégique à Berlin. Or seuls des Etats peuvent être membres de l’Onu et non une union d’Etats. De là à imaginer que l’Europe devienne la seule entité politique d’Europe il n’y a qu’un pas.

ENQUÊTE Qui est Olaf Scholz, le successeur de Wolfgang Schaüble ?

Le nouveau numéro deux du gouvernement allemand va avoir fort à faire pour imprimer sa marque entre des conservateurs sur la défensive et une extrême droite aux aguets. En France, il est très attendu sur la réforme de la zone euro.

Ce 4 mars 2018, la Willy-Brandt-Haus est pleine à craquer. On est dimanche, mais les journalistes du monde entier ont bravé le froid berlinois pour assister à l’annonce des résultats du référendum du Parti social-démocrate (SPD). Ils veulent savoir si les 463.000 adhérents ont donné leur feu vert à une nouvelle « grande coalition » avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel. Si l’Allemagne, après cinq mois de vide politique inédit, va enfin avoir un gouvernement.

Le trésorier du parti annonce d’abord les résultats : sur 378.000 votants, 66 % ont approuvé le contrat de coalition . Pour Olaf Scholz, président du parti par intérim, cela signifie le couronnement de sa carrière. S’il ne le dit pas, le maire de Hambourg sait qu’il deviendra ministre des Finances. Mais pour ce juriste, pas question de triomphalisme. « Nous disposons maintenant de clarté, le SPD va entrer au prochain gouvernement », constate-t-il tel un notaire. Son allocution dure une minute dix.

Pragmatique et réservé

Qui est cet homme secret, sur lequel repose désormais en grande partie l’avenir du projet européen d’Emmanuel Macron, qui l’a aussitôt félicité par SMS ? Pour le savoir, il faut connaître Hambourg et ses habitants. « Porte sur le monde », comme elle aime se présenter, la ville du Nord vit d’abord de son port, le troisième d’Europe avec près de 140 millions de tonnes de chargement par an.

A Hambourg, économie et politique sont intimement liées, comme en témoigne la proximité entre la chambre de commerce et la mairie, séparées par un mur. Si les Hanséates sont pragmatiques et dans la retenue, c’est particulièrement vrai pour Olaf Scholz, disent ses proches. « John Wayne n’est pas un modèle pour la politique, juge l’intéressé en un euphémisme. On doit trouver un moyen de travailler ensemble. » Comme Angela Merkel, née à Hambourg, cet ascète de cinquante-neuf ans est l’antithèse de Donald Trump. Pour eux, la politique est l’art du compromis.

Ce n’est pas leur unique point commun, selon Elmar Wiesendahl, directeur d’Apos, une agence hambourgeoise de stratégie politique. « Analytiques et minutieux, ils ont tous deux un contrôle exceptionnel de leurs émotions, ne disent rien, maîtrisent parfaitement leurs dossiers et s’entourent d’une équipe dont ils attendent une loyauté absolue », dit-il. C’est aussi ce qui fait d’eux des négociateurs hors pair, Angela Merkel à Bruxelles, Olaf Scholz à Berlin... jusqu’ici.

« Olaf Scholz est un vrai joueur de poker »

Son fait d’armes : l’accord de péréquation financière entre l’Etat fédéral et les Länder. Chef de file des sociaux-démocrates, Olaf Scholz est parvenu à créer une alliance sans faille avec les ministres-présidents des autres Länder, y compris conservateurs, pour négocier face au ministre des Finances, Wolfgang Schäuble . Au final, le père de l’austérité a dû leur faire un chèque de plusieurs milliards d’euros. « Il l’a encore en travers de la gorge », reconnaît quelqu’un qui a travaillé avec lui. « Olaf Scholz est un vrai joueur de poker », reconnaît un social-démocrate.
Bon négociateur

« Il a très bien négocié, aussi parce qu’il a un très bon réseau, à gauche comme à droite, reconnaît Dennis Thering, un des leaders de la CDU de Hambourg. Mais maintenant qu’il est de l’autre côté, je suis curieux de voir comment il s’en sortira comme ministre des Finances. »

A l’origine du programme fiscal du SPD, le nouveau vice-chancelier met un point d’honneur à afficher des finances publiques saines. Pas question pour lui de remettre en cause l’équilibre budgétaire de son prédécesseur, comme il le rappelle volontiers en soulignant l’excédent budgétaire de sa ville.

Un succès que la Cour des comptes régionale ne remet pas en cause, mais relativise. « La bonne situation des finances telle qu’elle est présentée dans le budget de base n’est qu’une demi-vérité, juge son président, Stefan Schulz. L’endettement augmente au sein des participations de la ville », prévient-il, en redoutant un impact sur les comptes futurs.

Une partie est liée à la banque publique régionale HSH Nordbank, sauvée de la faillite après avoir mené une stratégie risquée dans le crédit maritime. Olaf Scholz, qui n’était pas encore maire durant cette période mais a hérité du dossier après son élection, en 2011, l’a adroitement clos début mars en vendant la banque (à perte) à des investisseurs privés.

Protecteur de l’emploi

Mais la critique de la Cour des comptes porte sur un autre aspect, son rôle de « PDG de la Hamburg AG » : la ville possède des participations financières dans quelque 400 sociétés. Grâce à celles-ci, elle a mené un programme de logements sociaux qui fait référence, construit des écoles...

Partisan de l’ordolibéralisme allemand, qui veille à réduire l’influence de l’Etat dans les affaires, Olaf Scholz n’en est pas moins un pragmatiste décomplexé quand il s’agit de protéger les emplois. C’est ainsi qu’il a décidé, en 2012, la montée au capital de l’armateur local Hapag-Lloyd, avec le soutien de tous les partis politiques.

Un francophile

Hambourg détient également 0,79 % d’Airbus, qui possède une grande usine sur son territoire. Si ce pratiquant de l’aviron vénère la culture anglo-saxonne, ce n’est pas le seul lien qu’il a avec la France. Comprenant un peu le français, il y passe parfois ses vacances avec sa femme, Britta Ernst, ministre de l’Education du Land de Brandebourg, avec laquelle il n’a pas d’enfant et forme une équipe.

Plénipotentiaire de l’Allemagne chargé des relations culturelles franco-allemandes, il a multiplié les déplacements dans l’Hexagone ces trois dernières années, notamment à Toulouse, au siège du groupe aéronautique, ou en juillet au dernier Conseil des ministres franco-allemands.

De quoi tisser un lien avec Emmanuel Macron, qui l’a publiquement soutenu lorsque Olaf Scholz était attaqué de toute part après les violents affrontements en marge du G20 de Hambourg , en juillet dernier. Il n’a pas oublié ce soutien, à un moment où sa carrière a failli basculer, souligne un proche.

Réformer la zone euro

Comment le nouveau directeur financier de la « Deutschland AG », qui assume également la fonction de vice-chancelier, va-t-il répondre aux propositions du président français pour réformer la zone euro ? Jakob von Weizsäcker est optimiste. « Il a jusqu’à l’été pour développer une vraie proposition étroitement coordonnée avec la chancelière, dit le député social-démocrate au Parlement européen. C’est un réaliste créatif qui trouvera une solution intelligente entre les idées de Macron, le soutien du SPD et la prudence de la CDU. »

Leur contrat de coalition, qui promet « un nouvel élan pour l’Europe », affiche un volontarisme qu’Emmanuel Macron a salué. Certes, mais de quelle marge de manœuvre dispose réellement l’équipe de Merkel IV, alors que le SPD et la CDU ont encaissé aux élections de septembre leurs plus mauvais résultats depuis 1949 et que le parti nationaliste et eurosceptique Alternative pour l’Allemagne (AfD) a fait une percée au Bundestag ?

Question ouverte

« La politique européenne est la plus grande question ouverte du nouveau gouvernement », concède un proche de l’ex-candidat social-démocrate Martin Schulz, qui attribue à son parti une attitude schizophrène vis-à-vis de l’Europe. Deux conceptions y coexistent, en effet.

D’un côté, celle du philosophe Jürgen Habermas, pour lequel une partie du drame du continent vient de l’insistance de l’Allemagne sur l’austérité, à l’origine des affres économiques et politiques de la Grèce ou de l’Italie. De l’autre, un soutien tacite à la politique de Wolfgang Schäuble et l’idée que ces deux pays méritent un traitement sévère car ils n’ont pas respecté les règles.

Témoin de cette ambivalence, l’ancien ministre de l’Economie puis des Affaires étrangères Sigmar Gabriel signait, en juin 2015, une tribune avec Emmanuel Macron soutenant la création d’un budget de la zone euro, et il approuvait, le mois suivant, la stratégie de Wolfgang Schäuble en faveur d’une sortie de la Grèce de cette même zone euro.

« C’est un homme d’Etat, comme l’ancien chancelier Helmut Schmidt, lui aussi hambourgeois »

Si la base du parti voit en lui un technocrate hautain et le boude depuis qu’il a oeuvré, dans les années 2000, comme secrétaire général sous Gerhard Schröder - on le surnomme depuis le « Scholzomat » pour sa promotion quasi robotisée des réformes de l’Agenda 2010 - Olaf Scholz rassure aussi.

« C’est un homme d’Etat, comme l’ancien chancelier Helmut Schmidt, lui aussi hambourgeois, se réjouit Henry Westphal, entrepreneur berlinois qui a adhéré au parti après le choc de l’élection de Donald Trump. Avec lui, le SPD a la bonne personne au ministère le plus important. » « C’est un homme sérieux qui incarne personnellement la stabilité », ajoute un dirigeant de la confédération syndicale DGB.
Deux convictions

Se gardant d’élaborer sur le fond, le nouveau ministre des Finances allemand a déjà livré des éléments sur sa méthode. Elle repose sur deux convictions. Premièrement, il voit le rôle de l’Allemagne, grand pays au centre de l’Europe, comme celui « qui rend possible l’unité ». Un facilitateur de consensus entre le Sud, qui plaide pour plus de solidarité, et le Nord, qui prône la responsabilité. Soucieux de cet équilibre, il a d’ailleurs reçu le ministre des Finances néerlandais mercredi, quelques heures après sa prise de fonction, avant de se rendre ce vendredi à Paris pour rencontrer Bruno Le Maire.

Deuxièmement, Olaf Scholz veut changer la culture à Bruxelles. Pour lui, les ballets de ministres ou de chefs d’Etat et de gouvernement qui arrivent au sommet en déclarant leurs objectifs, et repartent en se plaignant d’avoir été lésés, doivent cesser. Ce ne sont pas que des mots. Personne, en Allemagne, ne le soupçonne d’avoir oeuvré au détriment des autres.

Voie étroite

Selon un diplomate, Olaf Scholz et son parti ne peuvent pas apparaître comme un frein. En vérité, Angela Merkel dépend même d’eux, alors que son propre camp est sceptique vis-à-vis des idées ambitieuses d’Emmanuel Macron. Car la « grande coalition » est beaucoup moins puissante que par le passé, comme en a témoigné l’élection de la chancelière au Bundestag, mercredi dernier, par une majorité de seulement neuf voix . Plus de trente députés conservateurs de la CDU-CSU ou du SPD ne lui ont pas accordé leur confiance.

« Son but n’est pas de conserver l’héritage de Schäuble mais de laisser sa trace dans l’histoire »

Sur quelle majorité pourrait-elle compter quand il s’agira de voter une réforme de la zone euro ou de secourir un pays, l’Italie par exemple ? Lors du dernier vote en faveur du programme d’aide à la Grèce, fin 2015, plus de 60 députés conservateurs s’étaient rebellés. Et, à l’époque, ils n’avaient pas encore l’AfD « dans leurs pattes » au Bundestag...

Tout dépendra du couple qu’il formera avec Angela Merkel, qui entame ce qui apparaît comme son dernier mandat, juge Elmar Wiesendahl. Selon lui, après avoir un temps caressé l’idée d’être candidat aux élections fédérales, Olaf Scholz a tourné la page et n’a plus rien à perdre. « Son but n’est pas de conserver l’héritage de Schäuble mais de laisser sa trace dans l’histoire », juge le professeur hambourgeois.

Thibaut Madelin

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