la décision du président Trump d’assister au sommet du G7 la semaine prochaine à Évian-les-Bains, en France, est remarquable. Compte tenu de son mépris pour le multilatéralisme et de sa frustration fréquente avec beaucoup d’autres participants, la participation des États-Unis n’était pas garantie. Quelles que soient les tensions mondiales ou les différences politiques, l’engagement de leader à leader lors des sommets a une valeur. Pourtant, Trump arrivera immédiatement après avoir fêté son anniversaire le 14 juin avec un événement de championnat de l’UFC sur la pelouse de la Maison-Blanche et pourrait lui-même être d’humeur combative, prêt à utiliser la scène du G7 pour réprimander les alliés pour ce qu’il considère comme un soutien inadéquat suite à la fermeture par l’Iran du détroit d’Ormuz.
Dans ce contexte, le défi du président français Emmanuel Macron pourrait être moins de faire avancer ses initiatives personnelles que de gérer le sommet lui-même. La France pourrait se retrouver confrontée à deux ordres du jour de sommets concurrents : celui qu’elle a planifié et celui que les événements géopolitiques — et Trump — ont créé. La tâche qui attend le président français sera d’empêcher que ces programmes de dualité ne prennent le pas sur l’objectif plus large du rassemblement, tout en préservant ce qui reste de cohésion au sein du G7.
Cette cohésion, ainsi que l’utilité du G7 en tant que forum organisationnel, a été remise en question à d’autres moments au cours de ses cinquante années d’existence. Elle a survécu à de nombreuses transitions politiques et fournit encore la principale plateforme pour les économies avancées afin de coordonner la politique mondiale. Il doit être préservé. Macron cherchera la semaine prochaine à maintenir la flamme allumée en passant le flambeau aux États-Unis, qui assument la présidence du G7 en 2027.
Le facteur Trump
Aucune préparation de la part des ministres du gouvernement et des représentants de haut niveau — connus sous le nom de sherpas — ne pourra expliquer l’imprévisibilité de Trump. Malgré les incertitudes quant à la volonté des États-Unis de s’engager lors du sommet, la France a entamé sa présidence du G7 avec un programme solide. Macron a structuré la présidence autour de l’idée que les économies avancées devraient continuer à travailler ensemble pour réduire l’instabilité et construire des formes plus résilientes de coopération internationale, en particulier en réponse à l’influence économique croissante de la Chine.
Le sommet du 15‑17 juin est conçu pour concentrer les dirigeants sur un ensemble de priorités soigneusement élaborées, issues des précédentes réunions du G7 : remédier aux déséquilibres macroéconomiques, renforcer la sécurité économique et les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, et réformer les partenariats internationaux de développement. Reuters a rapporté que le président Macron présidera un appel vidéo avec des représentants de la Chine, du G7 et d’autres pays afin d’aborder conjointement différentes perspectives sur les déséquilibres mondiaux et la responsabilité partagée. L’agenda du G7 de Macron comprend également la promotion de la coopération sur certains aspects de l’intelligence artificielle (IA). Cette dernière a été une priorité particulière pour la France, qui cherche à se positionner comme le premier centre européen de l’IA. Macron a souligné cette ambition en invitant le PDG d’OpenAI, Sam Altman, à participer aux discussions du sommet.
Malgré les efforts de la France pour s’en tenir à l’ordre du jour, les dirigeants arriveront à Évian confrontés à un environnement géopolitique et économique très différent de celui que la France avait envisagé lorsqu’elle a assumé la présidence et défini ses priorités politiques. L’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran à la fin du mois de février, ainsi que les représailles ultérieures de Téhéran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont déclenché une vague de chocs énergétiques, de chaînes d’approvisionnement et de matières premières qui font des ravages dans l’économie mondiale. La hausse des coûts de transport, les inquiétudes concernant l’approvisionnement en engrais et la sécurité alimentaire, ainsi que le regain des pressions inflationnistes vont probablement dominer à la fois les discussions formelles et les conversations privées entre dirigeants.
L’Iran, cependant, n’est qu’une partie de l’histoire. On s’attend à ce que Trump arrive avec son propre programme économique et de sécurité « America First ». Ce programme comprendra probablement davantage d’approches transactionnelles des partenariats de développement, de plus grandes opportunités commerciales pour les entreprises américaines à l’étranger, un déploiement accru de plateformes technologiques et de systèmes d’IA américains, ainsi que des efforts accrus pour réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement contrôlées par la Chine, et a augmenté la production de combustibles fossiles pour renforcer la puissance économique et stratégique des États-Unis.
Saute d’humeur franco-américaine ?
Dans certains domaines, les priorités de Trump recoupent les objectifs français. Les deux pays soutiennent le renforcement de la sécurité économique et la réduction des vulnérabilités stratégiques dans les chaînes d’approvisionnement critiques. L’importance croissante de l’IA à l’ordre du jour du sommet crée également des opportunités de coopération, en particulier compte tenu de la demande d’accès aux capacités autonomes américaines en matière de cybersécurité et d’ingénierie logicielle.
Mais dans la plupart des domaines au-delà de l’ordre du jour formel, des différences significatives entre les membres du G7 subsistent et sont susceptibles d’apparaître dans le cadre de conversations parallèles tout au long du sommet. Le soutien à l’Ukraine, le commerce, la souveraineté numérique, la réglementation et la politique climatique ne sont que quelques-unes des questions pour lesquelles la confiance dans les États-Unis a diminué — et unle désir croissant des alliés de réduire leurs dépendances stratégiques sur Washington — poussera les six autres membres à se coordonner plus étroitement entre eux.
On se souviendra peut-être d’Évian moins pour ce que la France espérait accomplir que pour savoir si les dirigeants peuvent empêcher des tensions géopolitiques croissantes de submerger la réunion elle-même. En ce sens, le succès pourrait dépendre moins des progrès réalisés dans le cadre de l’ordre du jour officiel que de la capacité de sept partenaires de plus en plus divergents à continuer d’avancer, aussi imparfaitement soit-il, dans la même direction.












