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Tribune libre des anciens salariés de l’usine AZF

lundi 18 février 2013

La catastrophe

Le 21 septembre 2001 à 10h17, l’explosion d’un dépôt de nitrate d’ammonium détruisait la partie nord de l’usine AZF de Toulouse et dévastait les quartiers avoisinants.

Dans les jours qui suivirent, une véritable campagne médiatique donnera de l’usine une image totalement déformée, ne reposant sur aucune réalité et prétendant établir une responsabilité – sans avancer pour autant la moindre preuve et bien avant l’ouverture de toute enquête. Le plus grand quotidien local titrera sur l’explosion en parlant de « scandale », de « poubelle chimique » (La dépêche du Midi, 22 septembre 2001) et se laissera aller sans aucune retenue à des mises en cause sans fondements.

Pendant plusieurs semaines, lors la période des fêtes de fin d’année, sur la place principale de la ville de Toulouse, des associations de sinistrés organisèrent des débats au cours desquels l’usine et ses salariés furent publiquement mis en cause. La lointaine appartenance de l’usine AZF au groupe pétrolier Total n’étant pas étrangère à ce type de positionnement de circonstance.

Au cours de cette même période, qui correspond à la campagne présidentielle de 2002, le personnel politique local et national, tout en se montrant prudent avec les salariés lors de sa visite du site détruit, a mis en cause publiquement et à de nombreuses reprises l’usine et son activité chimique (comme le fit le Ministre de l’Environnement de l’époque, lors du débat régional le 28 novembre 2001). Cette attitude se prolongera jusqu’à la veille du procès en appel où l’actuel maire de la ville affichera – en demandant des sanctions – un positionnement d’une partialité choquante.

Plus de dix années de procédure

En juin 2002, treize salariés furent placés en garde à vue puis mis en examen pour “homicides involontaires”. Les experts judiciaires avancèrent l’explication suivante : un ouvrier, Gilles Fauré avec l’accord de son chef direct, Georges Paillas, aurait apporté dans le dépôt un produit incompatible avec le nitrate d’ammonium provoquant l’explosion.

Cette hypothèse mettait donc plus particulièrement en cause ces deux ouvriers, qui ont toujours nié la confusion entre les deux produits qui leur est reprochée.

Les éléments avancés par les enquêteurs ne parvinrent pas à convaincre le juge d’instruction qui finit par ordonner un non-lieu pour neuf ouvriers en date du 9 septembre 2003. Mais, hors toute logique commune, il renvoya néanmoins la société Grande Paroisse – qui exploitait l’usine – et son directeur devant le tribunal correctionnel.

Ce tribunal, à l’issue d’une audience à grand spectacle et interminable de quatre mois, prononça, faute de preuve, l’acquittement général en date du 19 novembre 2009. Le Parquet fit appel du jugement rendu par le tribunal correctionnel, ce dernier n’ayant pu démontrer la culpabilité d’aucun protagoniste.

Trois ans plus tard, le 24 septembre 2012, la Cour d’appel condamna, sans avoir de plus amples preuves de la faute des ouvriers, le directeur et le propriétaire de l’usine aux peines maximales, trois ans de prison, dont un an ferme.

Condamner le directeur de l’usine revient donc à reconnaitre la faute de salariés dont il doit répondre. Ainsi, le verdict de la Cour d’appel, tout en confirmant les non-lieux pour les salariés, vient sanctionner le directeur de l’usine pour une faute – non établie – de ses employés.

L’ensemble des anciens salariés et plus encore les deux ouvriers mis en cause, ressentent très mal ce verdict qui ne les implique pas judiciairement mais les condamne de facto.

Aux yeux de la justice, des médias, et donc de l’opinion publique, ils sont désormais les auteurs de la catastrophe, malgré l’absence totale de preuves ! Une situation pour eux insupportable !

C’est la raison pour laquelle les anciens salariés d’AZF, partie civile, se sont pourvus en cassation.

Un scénario invraisemblable

Sur le fond de quoi s’agit-il ? Il est imputé aux ouvriers d’avoir confondu le nitrate d’ammonium et le dichloroisocyanurate de sodium, cette négligence ayant abouti à l’explosion de l’usine. Mais outre l’aspect du second produit, l’odeur qu’il dégage lors de manipulations ne permet aucune confusion, comme cela a été attesté lors de reconstitutions judiciaires ordonnées par le juge d’instruction. De plus, le mélange des deux produits, supposé réalisé deux jours avant la catastrophe, entraîne une réaction rapide et très particulière : forte odeur, couleur caractéristique… Cela a été vérifié expérimentalement par un chimiste professeur d’université, sous contrôle d’huissier : ces manifestations n’auraient pas pu passer inaperçues.

Les accusations de négligence émises au moment de la catastrophe dans les médias se sont ainsi révélées infondées par les expertises, mais elles continuent aujourd’hui encore d’être tenues pour véridiques.

Lors de la condamnation du directeur et du propriétaire de l’usine, les experts judiciaires n’avaient toujours pas procédé à une reconstitution, reprenant leur scénario-hypothèse. Ils ont seulement réussi, après deux ans de tentatives infructueuses, à obtenir une explosion limitée, et dans des conditions très particulières de laboratoire, éloignées de toute situation réelle vraisemblable.

L’explication ?

L’explication de la catastrophe reste à trouver. Dix années d’enquête n’ont pas suffi à démontrer la culpabilité des ouvriers, non seulement lors de l’enquête judiciaire, mais également dans les enquêtes interne, administrative et parlementaire.

Si beaucoup de pistes ont été évoquées pendant ces dix années, certaines ont été seulement survolées, comme la piste criminelle ou la présence d’explosifs anciens dans le sous-sol. L’accès aux dossiers “secret défense” concernant la présence sur zone d’aéronefs, permettrait probablement d’avancer dans la connaissance de cette catastrophe.

Deux ouvriers subissent encore aujourd’hui les condamnations sans fondements qui ont pesé sur eux jusqu’au non-lieu. Ils attendent de la Justice de leur pays qu’elle les lave de tout soupçon en reconnaissant qu’il y a eu condamnation du directeur de l’usine sans preuve ; ils souhaiteraient aussi, comme tous leurs camarades salariés, que l’enquête reprenne jusqu’à son aboutissement, pour la mémoire des victimes et le respect dû à leurs familles.

AZF Mémoire et Solidarité – Association d’anciens salariés AZF

Voir en ligne : presumeinnocent.com

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