Pour Washington, ce retrait permet de réduire son engagement militaire direct au Moyen-Orient étant donné que les États-Unis ont déjà beaucoup de militaires engagées dans la région. Washington considère que sa mission de 2014 est accomplie, ils ont permis d’empécher Daech de contrôler l’Irak.
La lutte contre Daesh n’est pas totalement finie, la mission contre Daech en Syrie va se poursuivre, avec l’installation du quartier général de la coalition en Jordanie.
L’Irak doit maintenant penser à retrouver les profits de son économie qui dépend entièrement du pétrole.
Le pétrole est central puisque 90 % des recettes publiques dépendent des hydrocarbures. Le retrait américain peut avoir des effets importants.
L’Irak possède les cinquièmes réserves de pétrole au monde, soit 145 milliards de barils. Lorsque le prix du baril monte, les recettes de l’État augmentent, lorsqu’il baisse, Bagdad peut se retrouver sous pression et devoir négocier avec ses proches voisins comme l’Iran.
Les revenus du pétrole irakien appartiennent à l’État irakien, or les compagnies étrangères qu’elles soient chinoises, européennes et américaines, continuent exploiter les gisements grace aux contrats commerciaux signés avec Bagdad ou avec le Kurdistan. L’autre acteur important du pétrole en Irak concerne la Chine qui est devenue incontournable depuis quelques années, alors que tous les regard pointent vers les Etats Unis.
Le retrait américain n’est pas le plus grans souci de l’Irak, ce qui pose problème c’est l’utilisation des revenus pétroliers, qui peuvent faire intervenir d’autres puissances régionales par rapport à la concurrence de la clientelle.
La présence chinoise
La Chine est devenue le premier acteur du pétrole irakien. En 2025, la Chine a importé 65 milliards de brut irakien, pour une valeur de 33,3 milliards de dollars, ce qui a permis de passer devant l’Inde.
La CNPC et sa filiale PetroChina sont présentes sur les champs pétroliers irakiens de Rumaila, Halfaya, Al-Ahdab et West Qurna 1. PetroChina est devenue l’opérateur de West Qurna-1 après le départ d’ExxonMobil. Ce champ produit autour de 550 000 barils/jour et possède des réserves considérables.
La CNOOC, ZhenHua, United Energy Group, Geo-Jade et Zhongman se sont implantés dans l’exploitation du pétrole irakien. En 2025, plusieurs sociétés chinoises indépendantes ont obtenu des licences pour développer de nouveaux champs de pétrole.
Si les regards se portent toujours vers les Etats Unis, la Chine achète du pétrole irakien, produit du pétrole et construit les infrastructures permettant de produire ce pétrole.
C’est un point de bascule qu’il ne faut pas négliger et replacer la perspective du retrait américain et du développement chinois.
Daprès la dépêche de l’agence AP, un accord a été signé entre le gouvernement irakien et la Société chinoise d’assurance des exportations et du crédit (SINOSURE) pour financer un montant de (10) milliards de dollars américains en faveur de l’Irak pour les projets d’infrastructure désignés par le gouvernement irakien.
La durée de l’accord est de (20) ans à compter de la date de son entrée en vigueur en 2019. En outre, le montant du financement susmentionné sera récupéré dans le pétrole brut qui sera levé par deux entreprises chinoises selon les normes approuvées par SOMO et appliqué à tous les acheteurs de pétrole brut irakien.
Les contrats de vente de pétrole brut signés en vertu de l’accord susmentionné permettent également la revente de la quantité allouée, à condition que les bénéfices résultant de la revente soient de 65 % pour SOMO et de 35 % pour la société chinoise. Cependant, si l’activité de revente entraîne une perte, la société chinoise supportera 100 % de la perte. Les termes et conditions des contrats ci-dessus incluent un mécanisme strict de formation en cours d’emploi pour les employés de SOMO, ainsi que de suivi et d’audit de chaque étape prise pour réaliser la transaction de revente optimale basée sur les données du marché.
Le produit de la vente des quantités de pétrole brut allouées en vertu du présent Accord sera déposé directement sur le compte iraquien au Fonds de développement pour l’Iraq et utilisé comme dépôt garanti pour le montant financé par l’Accord.
La Chine commence à prendre toute la chaîne du pétrole en Irak, et ceci dans un silence qui interroge sur les négociations qui ont eu lieu entre Trump et Xi Jimping au mois de septembre.
Les chinois sont pargmatique et l’expliquent ainsi : « Nous développons le gisement, construisons la raffinerie, produisons des produits pétrochimiques, construisons de l’électricité et, en échange, nous participons à la valeur créée par vos ressources. »
Le retrait américain ne donne pas automatiquement l’Irak à la Chine. Il intervient au moment où la Chine dispose déjà d’une présence économique extrêmement importante.
Bagdad souhaite un maintien des investissements américains et européens. ExxonMobil, est revenu sur le marché irakien en 2025 après son départ de West Qurna-1. Mais le rapport de forces est en faveur de la Chine. En 2025, l’Irak a exporté vers la Chine 33 milliards de dollars, essentiellement grâce au pétrole, tandis qu’il importait de Chine environ 17 milliards de dollars de marchandises.
Il ne faut pas ignorer le projet irakien de Development Road, qui doit relier le Golfe à la Turquie puis à l’Europe, que la Chine trouve particulièrement intéressant. La Chine est en train de négocier la participation de ses entreprises à ce projet, qui s’inscrit dans la logique de ses routes commerciales.
L’analyse du retrait américain n’explique pas que Washington abandonne l’Irak à Pékin, mais que la diminution de la présence sécuritaire américaine donnera davantage d’influence à la Chine qui est déjà bien implantée dans l’économie irakienne.













