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Droite et Gauche libérales : la guerre perpétuelle

dimanche 5 février 2017

Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Dans les années trente la gauche unanime militait, Léon Blum en tête - « l’une des grandes figures du socialisme français » - pour l’accomplissement de nos devoirs à l’égard des « peuples inférieurs ». Lui qui par ailleurs plaidait pour l’inceste (voir « Du mariage » 1907), mettait ses pas dans ceux de Jules Ferry [1], théoricien de la colonisation philanthropique, en déclarant devant la Chambre le 9 juillet 1925 « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie ». Imaginez que l’on pourrait de nos jours débiter semblables insanités est proprement inimaginable. Sauf à encourir la réprobation unanime et les foudres de lois généralement plus sévères en ce cas que pour tous les crimes de droit commun.

Mais la gauche a évolué. Si l’inceste reste à la mode – on le voit à travers la production cinématographique et la télé réalité - le commerce avec l’Afrique sub-saharienne ne se pratique plus à base de verroteries contre bois d’ébène. À la suite des Chinois aussi communistes qu’avisés, les échanges prennent de nos jours l’allure d’un troc modernisé sous la dénomination « gagnant-gagnants », ressources naturelles contre infrastructures. Bref tout le monde est content et les sorciers blancs ne sont plus les bienvenus que dans l’étroit domaine de l’entraînement footballistique.

Gauche souvent varie

L’on voit par cet exemple que l’empire du bien, quoique monopolistique, n’en est pas pour autant monolithique. Les grands ancêtres, les constituants de 1791, 1793 et 1795 arc-boutaient leur projet révolutionnaire sur une batterie de droits et devoirs dont on ose plus, ou à peine, parler aujourd’hui, tel le droit de propriété patrimoniale. Un droit qui a fondu comme neige au soleil, rongé qu’il est par des fiscalités cannibales. Lesquelles réussissent presque aussi bien, et plus silencieusement que les confiscations brutales mises en œuvre par Lénine et la forte troupe de commissaires politiques rameutée en 1917 dans les bas-fonds de New York par Trotski pour exercer le pouvoir dans la radieuse Russie rouge. De façon très similaire, le revenu universel de M. Hamon, cette chic idée, ne pourra être financée qu’aux moyens de prélèvements toujours accrus. Déshabiller Pierre pour vêtir Paul est un principe intangible de la gestion socialiste des Affaires directement inspirée d’Antoine de Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Né en 1743, le grand homme fut guillotiné le 8 mai 1794 par des gens qui ne voulaient sans doute pas de témoins gênants. Pierre-André Coffinhal-Dubail, ci-devant président du tribunal révolutionnaire, en prononçant la sentence de mort s’était exclamé « la République n’a pas besoin des savants ni de chimistes ». C’était bien vu, ce pourquoi dans la République moderne il suffit que les foules se persuadent que les « riches paieront » et que la création monétaire suivra. Il est vrai que nous ne sommes plus très éloignés de la débilité profonde, mais nous ne sommes pas à ça près… Au demeurant des experts internationaux ont constaté un affaissement sensible du quotient intellectuel (QI) moyen des Hexagonaux [2]. Rien de surprenant donc.

Ce préliminaire pour dire que, dans les temps de confusion qui sont les nôtres, il devient bien difficile de savoir et de comprendre ce qui est à gauche (ou à droite) et ce qui ne l’est pas autrement que dans les grandes lignes et indépendamment de toute fracture sociale : le peuple est en effet devenu quelque peu réactionnaire, surtout ce qui demeure du monde rural. Le peuple peu ou prou suit les populistes, ces démagogues droitiers, et vote mal ; quant à la CGT, ancienne courroie de transmission du PCF, elle s’est spontanément et insidieusement droitisée !

On sait que la gauche, incarnation du Progrès, est urbaine, jeune, nomade et branchée, qu’elle est enfin auréolée des couleurs de l’arc-en-ciel. Elle est gay friendly, ouverte et sans préjugés. En un mot elle abhorre les stéréotypes qu’ils soient de genre ou raciaux… puisque les races n’existent pas [3], que le clair et le sombre sont interchangeables, que tous se valent et qu’un humain est avant tout un humain dans l’égalité la plus parfaite, en dignité et en droits. Nul n’est donc plus irremplaçable, l’ère des hommes providentiels est révolue ! Au cour de la campagne des “primaires” socialistes et du Centre, il nous a été abondamment ressassé que l’équipe, et elle seule reste susceptible de l’emporter. Il faut jouer collectif, hors de la tribu point de salut. Ce pourquoi Trump est si détesté puisqu’il en est un démenti vivant, qu’il a fait cavalier seul et pour gagner, n’a fait équipe qu’avec lui-même (en tout cas il a parcouru la quasi totalité de son cursus honorum hors Parti ). Un loup solitaire vous dis-je, un dynamiteur de système, bref : « un fou furieux fasciste » comme dit sur la station publique France Inter ce 31 janvier 2017.

Un complexe écheveau d’idées et de postures

Nous essaierons à partir de là de patiemment démêler l’écheveau où s’entortillent les faux tenants et aboutissants de la gauche et de la droite. Les premiers se présentant comme la matérialisation exclusive du Bien (humanisme), c’est-à-dire l’anti égoïsme, l’incarnation du socius (l’individu générique), opposé aux misérables individualistes ne vivant que pour soi (le bourgeois selon St Marx, version renouvelée de l’idiot des anciens Athéniens, celui qui ne s’intéresse pas à la vie de la Cité).

Pour éviter de tomber dans les chausse-trappes sémantiques qui s’ouvrent à tout moment sous nos pieds, commençons par déblayer pratiquement le terrain : très concrètement ce qui est à droite (par opposition à la gauche) ce sera par exemple tout ce qui déclenche des concerts de protestations dans les rues des grandes villes des États-Unis… lorsque des cohortes de viragos ménopausées ( rappelons qu’a contrario 53% de l’électorat féminin s’est prononcé en faveur de D. Trump) ou de migrants virulents dénoncent sous les yeux avides des caméras leur nouveau président. Tout autant caricaturaux (et vains, mais navrants) sont les commentaires déchaînés de notre intelligentzia médiatique contre le choix des électeurs et grands électeurs de américains.

Ainsi en partant d’un corpus assez restreint – mais parfaitement lumineux – l’on peut se faire une idée assez précise de ce qu’est aujourd’hui la gauche, ce qu’elle admet comme politiquement correct (l’admis et l’admissible, ce qui ne doit jamais être border line)… et ce qui ne l’est pas, ce qui est haïssable parce qu’exorbitant de cette non-pensée dominante sourdement terroriste. De ce point de vue l’on aperçoit distinctement qu’être à gauche n’est pas du tout une question de « sensibilité » (ce qui ne veut d’ailleurs strictement rien dire), mais une question de ligne jaune, ou rouge et même de dead line. Des frontières invisibles à ne franchir sous aucun prétexte. Soit, dans le désordre (car il s’agit ici des multiples facettes d’une seule et unique surplombante interdiction), le sexisme, le racisme, la xénophobie, l’homophobie, toutes les mauvaises manières que s’est cru permis d’afficher M. Trump. Qualités très négatives servies dans l’emballage d’une insupportable grossièreté : celle qui lui est attribuée par décret médiatique et une vox populi uniquement représentative des minorités agissantes. Mais qu’importe ! Seul compte d’affirmer de façon péremptoire avec toute l’autorité de la chose jugée par les arbitres officiels des élégances et des bonnes mœurs. Gens du spectacle, actrices (de préférence aux acteurs), richissimes sportifs de haute volée, intellocrates décavés. Pour ces personnages exemplaires (qui ne succombent jamais à la débauche, l’alcool, la drogue, cela se saurait), le nouveau président des É-U est l’archétype de l’homme de droite , soit un personnage odieux qui n’a ni le bon goût ni la décence de se prosterner devant les idoles, et en particulier devant Mammon. Il est vrai qu’étant déjà riche à milliards, la vénalité (et donc la corruptibilité) ne sera pas assurément son plus grave défaut.

La gauche mondialiste et ses fétiches

Revenons sur la liste des fétiches que n’honorerait pas comme il se doit l’homme d’État américain… Primo, le féminisme (le matriarcat triomphant et la dictature qui l’accompagne)… Deusio, l’amour immodéré de l’Autre, l’Étranger paré de toutes les vertus et promesse de l’avenir, le migrant, acteur économique hypernomade aux dires de nos penseurs en mutation sociétale [4]… Tertio, le vrai tolérant, adepte profond de la tolérance, ne voyant l’humain que dans son universalité (unité) et non dans ses différences, notamment sexuelles ; sous cet angle la notion archaïque de normalité (et les déviances associées) s’abolit ; ne demeure alors que le côté pathologique de l’inadapté (le réac) aux nouvelles normes ; celui que la société supporte à présent plus qu’elle ne le tolère tout en lui rabotant assidûment le droit d’expression : les délits d’opinion en effet se diversifient à mesure que les vaches sacrées se multiplient et tiennent le haut du pavé ; parce qu’offenser telle ou telle minorité proactive devient un crime de lèse majesté donnant lieu à de nouvelles qualifications juridiques spécifiques vouées à être inscrites dans le marbre de la Loi…

Donner son sentiment sur tel ou tel sujet tabou au regard des fétichismes en vogue, est vite regardé comme un délit d’entrave [5], un forme sournoise de révisionnisme : la Vérité établie par arrêté ministériel étant, à l’instar de la République, Une et Indivisible. Ne pas adhérer à ce dogme est plus qu’une faute c’est un péché contre la Mémoire sélective, celle de ceux qui réécrivent l’histoire depuis deux siècles en jouant au bonneteau avec les soi-disant Valeurs de la démocratie, un coup à droite, un coup à gauche, passez muscade. Nous l’avons vu plus haut lorsqu’il s’agissait de hiérarchie anthropologique et de mission républicaine d’éveil des peuples premiers. Ce qu’a su si bien faire jusqu’à ce jour l’Amérique habitée par la mission messianique de diffuser la démocratie à coup de B52. À suivre…

Léon Camus 30 janvier 2017

Notes

[1« Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. [...] Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ». Jules Ferry Chambre des députés 28 juillet 1885.

[2QI moyen : 98. À titre de comparaison : Hong Kong et Singapour 108. Données issues d’une recherche menée entre 2002 et 2006 dans quelque 80 pays par les professeurs Richard Lynn (RU) et Tatu Vanhanen,(Finlande).

[3Le généticien lyssenkiste, Albert Jacquard (1925/2013) s’est rendu célèbre en affirmant que « les races humaines n’existant pas, il faut se prononcer (sic) en faveur de la société multiraciale  » ! Cf. « Éloge de la différence » 1981. Son collègue, André Langaney, considère pour sa part que « la notion de race est dépourvue de fondements et de réalité scientifique » les différences génétiques étant non repérables. Dès lors « toute tentative de classification en races humaines est soit impossible, soit totalement arbitraire… car dans l’espèce humaine, l’idée de “race” ne sert à rien  ».

[4Michel Lussault, Géographe, Co-fondateur de la revue Tous Urbains. Professeur à l’université de Lyon, conseiller de Mme Royal, ministre de l’Environnement [FrCult17janv17]. Un acteur économique d’autant plus à bas coût, taillable et corvéable à merci qu’il est vit dan l’illégalité.

[5Arrivé par la porte du droit du travail (art. L. 2328-1), le délit d’entrave se complète, depuis le 6 décembre 2016, dans le domaine numérique, par un délit de contre apologie de l’avortement passible de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende.

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