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Prolifération : comment Paris arme les Émirats

samedi 30 janvier 2010

Archive 1998.

Le Monde du Renseignement a obtenu la preuve qu’en 1998 la France a consenti à vendre en connaissance de cause du matériel proliférant aux Émirats arabes unis. Il s’agit de missiles de type Black Shaheen qui devraient être livrés dans les mois suivants par le consortium franco-britannique Matra BAe Dynamics.

Présentation des faits.

24 novembre 1998 :
quelques jours après avoir finalisé la vente de 27 Mirages 2000-9 aux Émirats, la France annonce la conclusion d’un second marché avec ce pays, de l’ordre de 4 milliards FF, pour la fourniture de missiles Black Shaheen. Il s’agit d’engins balistiques Air-Sol, dérivés du Scalp EG que fabrique déjà Matra BAe pour les armées françaises et britanniques, et dont les caractéristiques sont tenues secrètes.

Décembre 1998 :
la communauté internationale proteste contre cette vente, au motif qu’elle viole le traité anti-prolifération MTCR (Military Technology Control Regime) qu’ont signé 24 Etats, dont la France. Cet accord permet de limiter strictement la vente de missiles de croisière d’une portée supérieure à 300 km, et susceptibles d’emporter des charges nucléaires, bactériologiques ou chimiques.

À Paris, le ministère de la Défense réagit : il explique que les Black Shaheen ne présentent aucun danger en matière de prolifération.

Or, un document classé Secret Défense le contredit.
Il s’agit d’une transmission chiffrée datée du 2 décembre 1997, dans laquelle François Roussely, directeur de cabinet du ministre de la Défense adresse à son ministre Alain Richard le compte-rendu d’une discussion sur cette vente avec des émissaires de l’Élysée. Rédigée dans un langage télégraphique, cette note évoque très clairement les risques que fait courir la vente en matière de prolifération.

La page est intitulée « Black Shaheen - EAU », l’auteur écrit :
"Nature des missiles - Capacité offensive inégale dans la région. Portée d’environ 400 km. Bombe classique mais 550 exemplaires bidouillables [en français dans le texte]. Éléments de déstabilisation sérieux, leader politique belliqueux.

Beaucoup de motifs de s’opposer à ce projet par conditions très strictes (NB engagement MTCR)". Par bidouillables, on entend des missiles qui peuvent emporter des armes de destruction massive après modifications.

Plus loin dans la note, Roussely expose les facteurs qui empêchent de s’opposer à la vente :

« On a un accord de défense avec les EAU très profond, Chirac s’est plus ou moins engagé et y tient beaucoup ». En conclusion, Il préconise d’ « assurer le conflit avec Chirac et avec les industriels, qui peuvent devenir agressifs par les médias qu’ils influencent ».

En vain.

Le 25 mai 1999, le ministre de l’information des Émirats arabes unis a visité au Pakistan les installations du Kahuta Research Laboratories, là où s’élaborent les bombes nucléaires pakistanaises.

Mais ceci est probablement sans rapport.

Fin de texte

Tiré du Monde du Renseignement du 25 janvier 2001

Le Monde du renseignement, toutes informations sur le site
http://www.IntelligenceOnline.fr

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