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Florian Bourges, l’homme par qui l’affaire est arrivée

vendredi 24 juillet 2009

PARIS (AFP) - Florian Bourges, 27 ans, ex-auditeur du cabinet Arthur Andersen, a compromis sa carrière en révélant à la justice qu’il était la « source » d’Imad Lahoud, le falsificateur présumé de l’affaire Clearstream, mais veut aider les enquêteurs à faire toute la lumière sur la manipulation.
Costume sombre, cravaté, ordinateur portable en bandoulière, Florian Bourges, même s’il refuse tout « formatage », ne dénote pas dans le quartier d’affaires de la Défense.

Après le naufrage d’Arthur Andersen fin 2001, emporté par le scandale Enron, il travaille chez le repreneur Ernst and Young. Ce jeune homme qui revendique une forte « indépendance » sera licencié pour « divergence de stratégie » en juillet 2004.

Dirigeant bénévole de crèches associatives, il veut aujourd’hui rebondir en s’investissant davantage dans sa toute récente société de conseil en import-export.

Mais il est surtout attaché à une « démarche de vérité » sur l’affaire Clearstream dans laquelle il est devenu l’une des figures principales.

Tout commence à l’été 2001, lorsque ce jeune diplômé de l’Edhec de Lille participe à un audit de la chambre de compensation luxembourgeoise en tant que stagiaire chez Arthur Andersen.

« A l’époque j’ai pensé que c’était un +coup de chance+ », ironise ce jeune homme à l’élocution facile. « Après l’audit, j’ai soutenu un mémoire sur la lutte contre le blanchiment d’argent », détaille-t-il.

Au cours de la mission, il relève « des anomalies sur le système informatique ». « J’ai alors posé des questions restées sans réponses », note-t-il regrettant que rien n’ait été exploité par sa hiérarchie.

Déçu d’avoir travaillé pendant trois mois « pour rien », il décide fin 2001 de contacter le journaliste-enquêteur Denis Robert.
« Il y avait une part de revanche dans cette démarche », reconnaît Florian Bourges.

L’engrenage est lancé. Il rencontre en 2003 Imad Lahoud à qui il confie les listings originaux, impressionné par celui qui se présente comme un agent secret. A partir de mai 2004, le juge Renaud van Ruymbeke chargé de l’affaire des frégates de Taïwan recevra des fichiers trafiqués à son cabinet.

« Ce sont mes documents que le juge a en main », constate-t-il quelques mois plus tard en assurant que des noms de personnalités, notamment politiques, ont été rajoutés.

Concernant l’implication de l’exécutif, Florian Bourges « doute » qu’il n’ait pas été au courant mais refuse de s’étendre.

L’apparition du jeune auditeur dans ce dossier très médiatisé n’est pas sans conséquences sur son parcours professionnel : « j’ai perdu des clients pour ma société de conseil car mon nom est apparu dans l’affaire ».

« J’aurais préféré rester dans l’ombre mais je me suis senti menacé par Lahoud et Gergorin (Jean-Louis, qui a reconnu être l’auteur de cinq envois anonymes, ndlr). En avril 2006, j’apprends par exemple que Gergorin dit que je suis un agent double du MI6 (services secrets britanniques) », déplore-t-il.

Il a donc décidé de « dire aux policiers toute la vérité et de la communiquer aux journalistes ».

Malgré les retombées négatives de l’affaire sur sa carrière, le jeune homme répète qu’il « est prêt à rencontrer les dirigeants de Clearstream », désireux de savoir « s’il s’est planté ou non » sur ses constats lors de l’audit.

Il renvoie aussitôt la balle à Clearstream : « s’ils refusent de me rencontrer, c’est qu’ils ont quelque chose à cacher ».

05/07/2007 Source : AFP

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