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Clearstream : l’affaire.

dimanche 26 juillet 2009

« C’est par la finance offshore qu’Imad Lahoud est entré dans le monde du renseignement et des coups tordus sous le nom de code « Typhose ». Au début des années 90, ce jeune chrétien libanais, alors employé par la banque anglo-saxonne Merril Lynch, gérait en toute discrétion, au cœur de la city de Londres, les avoirs de riches familles orientales. Parmi ces clients, un clan dont le nom allait devenir célèbre : celui des 56 héritiers de la famille Ben Laden…

Marianne n°473, 13 au 19 mai 2006
« Les tribulations de l’agent Imad Lahoud », par Laurence Dequay et Eric Ploquin

En 1995, marié à une jeune énarque […] de l’inspection des Finances, Anne Gabrielle
Heilbronner, fille d’un banquier, ex-collaborateur de Jacques Chirac, Imad Lahoud rentre à Paris. Il monte un fonds d’investissement spéculatif immatriculé dans les îles Vierges, le Volter Fund Ltd, dont son beau-père, François Heilbronner, accepte d’être administrateur. Mais au printemps 2000, coup de torchon sur la bourse : le krach des valeurs technologiques met Lahoud en faillite. Quelques-uns de ses clients, estimant avoir été trompés, portent plainte devant la justice pénale.
Le 19 juin 2000, la PJ débarque chez Imad Lahoud, une perquisition est diligentée par la juge Isabelle Prévost-Desprez, qui est convaincue que le financier a agi « en bande organisée », peut être pour le compte de partis politiques. Deux jours plus tard, Imad Lahoud est mis en examen pour « escroquerie aggravée, usage de faux et complicité de faux ». Il restera cent huit jours en détention préventive, devenant la proie idéale pour les services : affaibli, l’ancien banquier du clan Ben Laden, ce familier de la finance grise, ne devrait pas être trop dur à débriefer.
La DST (contre espionnage) est mise sur le coup mais refuse finalement de recruter cette source.

Motif : le commissaire Jean-Jacques Martini, en charge à la DST de la section « espionnage économique et industriel », n’a pas digéré la nomination du Libanais Marwan Lahoud, frère d’Imad, à la tête de la branche missile d’EADS, le consortium militaire européen.
Le 7 octobre 2002, à peine libéré, Imad Lahoud déjeune avec son frère Marwan au siège d’EADS. Pour l’aider à rebondir, ce dernier invite Jean-Louis Gergorin, ex-Lagardère’s boy et membre de l’état-major d’EADS, à les rejoindre pour un café. Gergorin engage Imad à lui transmettre son CV. Et tient parole, en janvier 2003, en lui proposant une première pige de consultant.
A la même époque, Marwan demande à Imad de prendre contact avec le général Philippe Rondot, coordinateur du renseignement militaire au ministère de la Défense. Le général, sans doute averti des compétences d’Imad par Gergorin, l’interroge avec gourmandise sur les réseaux de financement du terrorisme islamiste. […] Quelques jours plus tard il aurait été convié à un dîner rassemblant la fine fleur de l’espionnage français. […]Ce soir-là, la conversation aurait roulé sur les chambres de compensation qui soldent les échanges entre banques. Lahoud connait par cœur le sujet. Il aurait conté comment, via la Cedel (ancêtre de Clearstream), il aurait « anonymisé » les millions de certains de ses clients du temps où il œuvrait pour Merrill Lynch.

Imad se pique au jeu. […] L’opération Stan va pouvoir démarrer : Lahoud, devenu l’agent « Typhose », doit gagner la sympathie du journaliste Denis Robert afin de récupérer les fichiers Clearstream en sa possession. Lahoud se rapproche d’un autre journaliste, Eric Merlen, avec lequel il a travaillé. Pensant venir en aide à un pair, accablé par les poursuites judiciaires après ses livres et ses films sur Clearstream, Merlen « branche » Lahoud sur Denis Robert. […] Robert lui remet un CD Rom portant la trace de quelques 30 000 opérations bancaires […].

Pour décrypter ces données, toujours dans le cadre de la lutte anti-terroriste, plusieurs voyages sont organisés au moyen orient, notamment au Liban. Sans succès. Bien plus fructueuses s’avèrent en revanche les connaissances qu’il a conservées après son passage chez Merryl Lynch. […]
Il travaille sur 4 axes : l’utilisation de la Société Générale par les réseaux financiers de Ben Laden ; l’argent occulte de criminels de guerre serbes, l’évasion de fonds irakiens, et enfin un réseau islamiste tenu par des libanais en Afrique du Sud. Pourcentage des informations en provenance de Clearstream dans ces décryptages ? Quasi nul selon nos sources. »

Remarques : les deux auteurs de l’article sont voisins de bureau de cet « autre journaliste » Eric Merlen, cité dans l’article, lui-même ami de Lahoud… Merlen a un moment donné menacé Denis Robert dans le cadre de l’affaire Clearstream II.


  • Le Canard Enchainé, 3 mai 2006-06-18
    « Une grande banque française dans le filet des juges ? » par Jean-François Julliard
    « Les circuits internationaux de la Société Générale ont-ils été utilisés en 2003 – peut être à l’insu de ses dirigeants - par un proche d’Oussama Ben Laden pour constituer une trésorerie clandestine ? C’est une note de l’informaticien Imad Lahoud, fondée sur des faits précis, qui soulève cette grave question. Ce document a été saisi dans ses bureaux par les juges Pons et d’Huys. Recruté par le général Rondot pour repérer les mouvements de l’argent maffieux ou terroriste, Lahoud a rédigé cette note en 2003.
    Selon cette note d’Imad Lahoud, il s’agissait de faire passer sur un compte secret, grâce à un jeu complexe de transactions fictives, des fonds provenant de la famille Ben Laden. Le vecteur financier utilisé pour ces transferts était une obligation de la Société Générale, indexée sur les performances d’un fonds commun de placement domicilié… aux îles Vierges britanniques. Quelles activités devaient alimenter cette cagnotte secrète ? La note ne le précise pas et n’emploie jamais le mot de terrorisme. Elle indique seulement que l’instigatrice du montage porte le doux nom d’Elham Ben Laden, demi-sœur d’Oussama. Et qu’elle a fait contacter, le 10 septembre 2003, un intermédiaire « X » qui a reçu un document écrit résumant l’opération.
    Interrogé par le Canard, la direction de la banque n’a pas souhaité commenter ce curieux épisode. D’autres notes saisies par les enquêteurs décrivent par le menu plusieurs opérations de noircissement pratiquées par la nébuleuse Ben Laden. Et elles mentionnent le nom de quelques relais : une grande famille saoudienne et une demi-douzaine de banque libanaise, suisses ou siégeant dans les émirats arabes unis, ainsi que certains de leurs dirigeant.
    La note de Lahoud précise que la plupart de ces transferts ne peuvent s’effectuer sans d’importantes complicité à la tête de ces banques, voir au ministère des Finances de certains Etats. Ces belles manières étaient fréquentes entre 1994 et 2000, mais le mécanisme, rodé durant cette période, semble n’avoir rien perdu de son actualité. Le 11 septembre n’a donc pas rendu vertueux tous les banquiers de la planète ? »

Extraits du livre de Denis Robert

« Clearstream, l’enquête », Juin 2006

P32
Imad Lahoud et son beau-père ont monté en 1997 un hedge fund, le Volter Fund…. Imad m’expliquait qu’ils travaillaient pour des clients très fortunés comme la couronne britannique, le GAN la banque Fortis ou la Société Générale.

P35
A l’époque du Volter Fund, pour effectuer ses transactions, Imad utilisait quotidiennement le réseau informatique Clearstream. Selon lui, une partie de l’argent investi aurait disparu grâce au système d’effacement des traces des transactions que j’avais révélé dans La Boite Noire.

P52
Imad me livre des éléments qui confortent mes soupçons sur l’utilisation des comptes de Clearstream par des banques proches d’Al Quaida.
Imad se garde bien de me dire qu’il en sait déjà beaucoup plus sur ces liens. Sur la base des documents que je lui ai remis, il vient d’initier la rédaction d’un rapport qui fera beaucoup de bruit dans le milieu de la lutte anti-terroriste. Des extraits de ce rapport seront publiés le 30 juin 2003 par l’hebdomadaire Marianne, qui titre sur une double page « Un document français qui va passionner les Américains ». Ce rapport sera opportunément évoqué dix mois plus tard dans un reportage du magazine « Envoyé Spécial » sur F2, traitant de Clearstream et du blanchiment. C’est à cette occasion que je découvrirai l’article et que je comprendrai mieux le rôle l’Imad et de la DGSE dans ce qui va devenir l’affaire Clearstream 2.
Marianne explique : « Consacré aux mécanismes de financement du réseau gravitant autour d’Oussama Ben Laden, le rapport est d’une telle précision que l’on se fait un plaisir, au sommet de l’état, d’en transmettre une copie aux alliés américains qui paraît-il ont été impressionnés par le travail de leurs collègues français… »

Parmi ces collègues, Imad Lahoud…
« La surprise des Américains provient surtout des mécanismes mis au jour par les services secrets français. Des procédés pour se procurer du cash, d’une extrême sophistication, que seule une poignée de spécialistes pouvaient détecter. »
Parmi ces spécialistes, Imad Lahoud…
Marianne relève qu’il s’agit non pas de blanchiment mais de noircissement. Le rapport, épais d’une vingtaine de pages, aborde frontalement le problème de Clearstream, outil de dissimulation utilisé par les sponsors du terrorisme… La famille Ben Laden est mise en cause, ainsi que diverses sociétés possédant des comptes chez Clearstream, comme Globe Administration Ltd, filiale de Islay Holding Ltd, le fond de pension familiale des BLaden. Selon ce rapport, la famille aurait multiplié jusqu’en 2OOO des transactions fictives à perte, grâce à Merryl Lynch, sa banque d’affaire américaine. L’article indique également que parmi les donateurs importants figurerait la famille Ben Mahfouse. L’argent transiterait par deux établissements financiers : le Crédit Libanais et l’Al Saoudi National Commercial Bank.
L’article cite longuement un intermédiaire libanais travaillant depuis Londres, grand connaisseur de Cedel (l’ancien nom de Clearstream). Il livre une liste de comptes ouverts chez Clearstream en décrivant de subtils mécanismes de transactions visant à noircir des fonds. L’article de Marianne chute sur ce conseil : « Cerise sur le gâteau, propre à donner des moyens à Jacques Chirac de négocier sans mal un rapprochement officieux avec Washington, les services secrets français croient savoir que l’un des principaux financiers occultes de Ben Laden vivait jusqu’à ce dernier mois en Irak. Justes avant la guerre, il se serait réfugié dans un pays voisin où il ne devrait pas tarder à recevoir des nouvelles de la CIA »
L’article est cosigné par Frédéric Ploquin et Eric Merlen. Ce dernier est justement le journaliste qui m’a présenté Imad… Compte tenu de leurs liens, il apparait évident que cet article a été initié par Imad. Le rapport de la DGSE a vraisemblablement été rédigé sur la base des documents que je lui ai remis. Malgré la qualité des informations, il ne sera pas repris par la presse de l’époque, ni démenti par Clearstream. Des journalistes comme Eric Merlen (et il y en a bien d’autres dans la presse) servent à faire passer des messages. La fuite organisée de ce rapport vise forcément un objectif qui n’est pas la seule information des lecteurs de Marianne. Les extraits du rapport on-ils fuités sans l’aval de la hiérarchie de la DGSE ?

P71
Le général Rondot avait la manie des notes manuscrites rédigées quasiment en temps réel. Voilà comment il rend compte de la réunion organisée au quai d’Orsay :
« 9 janvier 2004, 17h30, entretien D de Villepin + JL Gergorin. Ops Reflux »
L’opération Reflux est le nom donné par Rondot à la mission que lui a confié DDVillepin visant à vérifier le bine fondé de cette affaire Clearstream.
« Instruction du président de la république, auquel DDV avait rendu compte. Traitement direct avec le président de la répubique, prudence cadre secret. Tenir compte des manipulations politiques. Les connexions selon DDV + JLG : des réseaux tangentiels à explorer – Fabius, Pasqua, DSK, JP Chevènement. Marchiani. L’enjeu politique : Nicolas Sarkozy. Fixation Nicolas Sarkozy, référence conflit Chirac Sarkozy. Rôle des Américains : soutien apporté à Nicolas Sarkozy.
Mon impression : doute persistant. Belle construction intellectuelle montée par JLG et qui accroche DDV. La théorie du complot ? »

P218
Jean-Louis Gergorin préfère nous parler longuement de la relation avec Marwan et Imad…. Il évoque une scène qu’il situe en octobre 2004
Ce jour là, il est invité à déjeuner chez Marwan quand le téléphone sonne. C’est le jeune frère Lahoud, resté au Koweït, qui hurle au téléphone

  • j’ai entendu à travers le combiné ce qu’il disait, parce qu’il criait « si Imad n’arrête pas ses conneries, ça va aller très mal pour nous »
    Il s’agissait des enquêtes d’Imad sur le financement des réseaux Al Quaida.

    Gergorin est un homme de droite, catholique, libéral, patriote, ouvert au monde, atlantiste. Il est l’ami de Kissinger et d’une lignée d’autres penseurs conservateurs américains, anglais ou allemands.

P242
Alors, qui a glissé les noms ? Lahoud ou Gergorin ? Lahoud et Gergorin ? Gergorin ou un ami de Jacques C… ? Nicolas Sarkozy a-t-il été glissé dans le lot pour attirer Jacques Chirac et Villepin dans la manipulation ou ces deux là ont-ils soufflés qu’il serait peut être intéressant, vu l’échéance à venir d’en ajouter un petit peu ?

Les listings de Clearstream sont faux, mais Jean Louis Gergorin n’est pas le fou que l’on voudrait faire croire. D’ailleurs, ils sont nombreux à l’avoir cru. Parmi la listes et les transactions ajoutées, Gergorin revient toujours sur les mêmes, comme s’il voulait nous dire : oui, mais celles là sont vraies. A la place ou il était à la tête d’EADS, il lui était facile de savoir qui avait touché, quand et combien dans les marchés internationaux. Il en connait un rayon. Je le sais tordu, mais l’argent ne le motive pas.

Rq : Denis Robert, à aucun moment, ne fait aucune allusion à la manipulation du réseau Al Quaida.

Que tirer de tout cela ? Ce qui saute aux yeux, c’est d’abord les rapports incestueux entre le monde de la finance, de l’armement, du politique et des médias.

Andreas

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